Ici repose

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Ici repose, sur la table, à droite, une bougie Héma qui pensait passer sa vie comme toutes ses copines au chaud, sous une cloche en verre, à côté d’un cadre avec un joli mantra qui dit que la vie est courte et belle. Et qui au lieu de ça termine son existence ici, transie de froid, après avoir été posée là et avoir allumé dix cigarettes par une douce soirée de septembre. Ne l’oublions pas.

Dans les salles d’attente des dentistes

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Dans les salles d’attente des dentistes, j’aime bien le mobilier qui ne fait aucun effort, les brochures illustrées pour bien se laver les dents, être la première à tomber sur l’échantillon de crème nourrissante 24 heures collé sur une page du Elle, me sentir adulte d’avoir enfin pris rendez-vous, et cette odeur très propre de tout ce qui est fait n’est plus à faire.

Tu sais que tu es plus proche des 35 ans que des 25 quand…

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Tu sais que tu es plus proche des 35 ans que des 25 quand à la question « on ramène quoi ? » tu as répondu « Rien ». Quand on ne t’a pas ramené des gressins pour le Tzatziki, mais un bouquet de mimosa.
Quand tu as prononcé cette drôle de phrase : « J’adore, et en plus ça ira super bien avec les couleurs du canapé. »
Quand le bouquet n’a fini dans une bouteille d’eau minérale, mais dans un vase trouvé là où tu l’avais posé, dans l’armoire noire du salon.

On devrait tous de temps en temps

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On devait tous de temps en temps jouer à l’étranger.e, qui remet sa mémoire et celle de sa peau à zéro pour regarder la personne qui partage sa vie comme si c’était la première fois. C’est ce que je vous racontais hier, et c’est ce qui m’est venu à l’esprit quand, grâce à mon amie Virginie Grimaldi, Jack Koch m’a intégrée au projet « L’amour c’est », initié avec Caroline Vallat, qui consiste à demander à des auteurs (comme, parmi d’autres, Virginie Grimaldi , Baptiste Beaulieu, Agnès Ledig Ou encore Olivier Norek) ce qu’est pour eux l’amour, afin que leur phrase soit illustrée. C’était dingue de recevoir cette image, c’est hyper touchant et nouveau pour moi comme expérience, de voir des mots et des pensées prendre corps et papier. Et pour vous, l’amour c’est quoi ?

Il enlève son bonnet

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Il enlève son bonnet et passe la main dans ses cheveux pour les ébouriffer. Il avance, la tête un peu baissée, peut-être parce qu’il a l’habitude de se cogner aux plafonds un peu trop bas, mais ça lui donne l’air de quelqu’un qui ne veut pas déranger.

Il lance un « bonjour » joyeux et timide, qui arrondit la gravité de sa voix. C’est à ce moment-là qu’on lève la tête vers lui, parce qu’une voix comme ça, on n’en entend pas mille dans la vie. Il sourit mais son regard continue à se dérober, ça se mérite de le croiser. Puis il balaye la pièce des yeux, très légèrement, comme une caresse.

Il s’approche et se penche pour dire bonjour, sa taille lui demande de se pencher même vers ceux qui sont debout, ça doit faire des années qu’il n’a pas eu à relever la tête pour embrasser qui que ce soit. Il pose la main sur l’épaule, à chaque fois, et les gens ne peuvent pas s’empêcher de faire pareil, pas tant pour rendre ce geste de politesse que par réflexe, parce qu’il est de ces personnes à qui on a instinctivement envie de souhaiter la bienvenue dans notre salon ou dans notre vie.

Les gens lui sourient et c’est plus qu’un sourire poli, d’ailleurs souvent ils ajoutent une phrase, n’importe laquelle, « ça a été la route ? » par exemple, sans même savoir d’où il vient ni comment il est venu, juste pour provoquer l’occasion d’un échange, même furtif. Il a un truc étrange qui fait qu’on a envie de lui plaire.

On lui sert du vin, et le verre paraît tout petit quand il le tient dans sa main. Il reste debout, ne parle pas fort ni beaucoup, et pourtant c’est visible à l’œil nu : il s’installe. Peu à peu il occupe l’espace. Il prend sa juste place, et l’habite entièrement.

Il est 20h ou 22, il vient d’entrer dans une pièce, et c’est comme si enfin la nuit pouvait tomber et la soirée commencer.

Je le regarde parler à d’autres, j’aime bien l’implantation de ses cheveux et le dessin de son dos sous son tee-shirt. Je me dis que ça doit être bien d’être coincés dans les embouteillages et d’avoir un enfant avec lui.

Plus tard je vais chercher mon manteau, il m’attend dans l’entrée, et on repart tous les deux, libérer la baby-sitter qu’on a prise pour la soirée.

Je n’ai jamais écrit

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Il n’a jamais écrit de journal intime, alors il a consigné ici des petites phrases qu’il n’avait pas notées ailleurs. Le résultat, c’est un joli recueil de souvenirs de génération, de famille ou de baisers manqués, qui une fois posés sur le papier existent pour de bon. Les phrases sont signées Damien Pouvreau, les illustrations, minimalistes et délicates, Vincent Flückiger.

« Je n’ai jamais écrit que quelqu’un vendait des glaces, des confiseries et des boissons dans les allées du cinéma. »

 » Je n’ai jamais écrit qu’une nuit, j’ai tellement rêvé qu’une amoureuse inconnue me donnait rendez-vous le lendemain midi, entre la haie et le mur de ma maison, que j’y suis allé en mettant de beaux habits et du parfum. Qu’évidemment il n’y avait personne. »

« Je n’ai jamais écrit qu’à la cantine, on regardait notre âge au fond des verres Duralex. »

« Je n’ai jamais écrit que les couples qui ne disent rien au restaurant me font très peur. »

« Je n’ai jamais écrit que lorsque ma fille est née, elle était rose fluo. »

Et puisque l’éditeur invite chacun en dernière page à révéler son #jenaijamaisecrit, je me lance, et j’adorerais voir vos #jenaijamaisecrit à vous.

#jenaijamaisecrit que quand j’étais petite, chaque fois que mon père mettait Francis Cabrel dans la voiture sur le chemin des vacances, je fermais les yeux pour imaginer qu’un amoureux mélomane anonyme venait de déposer cette cassette dans ma boîte à lettres, et que je découvrais son contenu pour la première fois.

#jenaijamaisecrit qu’un jour devant le Club Dorothee, Dorothee a dit « Allo Camille ? On ne t’entend pas bien », et que, persuadée que c’était à moi qu’elle s’adressait, je suis restée prostrée une heure derrière le fauteuil à l’abri de son regard.

#jenaijamaisecrit qu’ado j’ai voulu fuguer et vivre dans la rue, mais j’ai renoncé de peur de ne pas pouvoir me laver les cheveux tous les jours.

#jenaijamaisecrit qu’un peu plus tard je m’étais faite la promesse solennelle de mourir s’il ne revenait pas, qu’il n’est pas revenu, mais que finalement j’ai changé d’avis.

#jenaijamaisecrit que l’homme que j’aime disait « la sœur à », mais que maintenant tout est rentré dans l’ordre.

Son père travaillait tôt

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Son père travaillait tôt, ce matin c’est moi qui l’emmenais à l’école. À 8h10, nos quatre pieds dehors, et soudain ce tressaillement de plaisir et de soulagement sans d’abord que j’en identifie la cause. Puis l’évidence : plaisir qu’il fasse jour à cette heure-là, soulagement que les jours finissent toujours par rallonger et le printemps par revenir. Je voudrais que ma fille le note, pour ne jamais rater une occasion de se réjouir

– « Et ma chérie tu remarques rien ce matin ?

– Si, justement j’allais te le dire.
– (Clin d’œil complice, façon « c’est tellement génial la connivence mère-fille »)

– Ça faisait très très longtemps que j’attendais mais j’étais sûre que ca finirait par arriver. Maintenant grâce à ça je sais que je vais passer une bonne journée.

– (Sourire béat)

– Je suis fière de toi Maman, j’espère qu’il y aura plein d’autres matins comme ça où tu arriveras à ne pas t’énerver. »

En vous souhaitant une bonne journée sans (trop) vous énerver.