Les chaussettes orphelines

Je n’ai pas sous les yeux un panier de 72 putains de chaussettes à trier.
J’ai sous les yeux la promesse d’un pur moment de bonheur.

Je m’explique : avant, ces chaussettes qui s’entassent, ça faisait partie des choses qui pouvaient me rendre littéralement folle, à peu près autant que les gens qui font des bruits de bouche en mâchant.
Mais ça, c’était avant que je découvre les podcasts, et que je les écoute en triant des chaussettes.
Les podcasts, ça a été le même genre de révélation que quand j’ai découvert les livres de Jean-Louis Fournier, les bûches de chèvre frais ou l’alcool : comment avais-je bien pu faire pour vivre tout ce temps sans ? (Je ne sais toujours pas)

Ça a commencé avec le génialissime podcast de Slate, Transfert. Transfert, c’est des histoires de gens normaux, non en fait, de gens extraordinaires, non en fait, de gens normaux qui vivent des choses extraordinaires, ou plutôt des histoires qui nous donnent à voir à quel point les gens normaux sont extraordinaires. Un épisode de Transfert, c’est 45 minutes de récit de vie, sans voix off, avec un montage exceptionnel qui fait qu’on est littéralement happés par l’histoire qu’on entend. On a l’impression, le temps que dure le témoignage, d’être assis avec un inconnu dans un bistrot qui va bientôt fermer, tard la nuit, autour d’une bonne bouteille, grisés par le vin et cette intimité qui nous prend par surprise, à l’écouter nous confier « son histoire particulière ».

Quand je dis « histoire particulière », je parle de celle qu’on finit toujours par raconter à quelqu’un, en fin de soiree ou en début d’amour. Ce truc qui nous est arrivé, petit ou grand, et dont la résonance a été si forte qu’il devient pour nous comme une signature intime, presque un parfum.

Ca donne envie aussi de s’interroger sur ce qu’est notre histoire particulière à nous. J’envie tres fort ceux qui ont encore à découvrir les 62 épisodes déjà en ligne, en particulier le premier, où l’on découvre comment regarder ses voisins par la fenêtre peut tourner à l’obsession. Il m’en reste un à écouter, que je m’en vais découvrir tout de suite en triant mes chaussettes, et en pensant que c’est quand même dommage qu’on ait seulement deux pieds.

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