Lamaisondeflorence

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Cette enfant a trois bourrelets sous chaque fesse, trop de sable sur les doigts pour manger son BN chocolat, et dans le ventre un guili qu’elle n’identifie pas encore.

C’est juillet à Deauville et ailleurs, et elle passe les vacances dans « lamaisondeflorence », avec sa famille. La maison est immense, et juste en face de la plage. Tout donne sur la mer, les fenêtres, le salon, les chambres et le balcon, elle ne sait pas vraiment ce que ça vaut, d’avoir accès à une maison Comme celle-là, mais elle sait que chaque fois qu’elle y va, le guili dans le ventre revient.

C’est là qu’elle passe des vacances et ses week-ends, il y a un petit escalier à prendre (il faut donner la main à maman), une porte blanche à pousser, et ça y est, c’est la plage, le club Mickey, les BN oubliés qu’on a juste une petite porte à pousser, dans l’autre sens, pour récupérer. Elle est trop petite pour nager sans bouée et pour bien comprendre sa chance d’habiter dans ces murs-là, pourtant le guili ne la quitte pas du séjour, depuis l’arrivée devant la maison, là où les cailloux crissent sous les pneus, jusqu’au retour à Rouen, quand il faut dire « aurevoiretmerciaFlorence ».

Il y a des cousins et des copains qui viennent tout le temps, et elle voit le guili dans leur ventre à eux aussi, et même dans celui des grands. Sitôt qu’ils arrivent ses parents changent de tête aussi. Le soir apres le bain quand on descend en pyjama les parents prennent l’apéro avec la mer, partout autour. Entre deux vagues il y a France Gall qui chante et Maman qui danse, Papa qui fume et la casserole de coquillettes aussi. Les fruits de mer sont prêts, pour toujours, pour elle, les fruits de mer sentiront les coquillettes au gruyère, et inversement. Elle ne sait pas ce qu’elle fera demain, elle sait juste qu’elle essayera d’entrer dans le blockhaus du jardin, celui qui a été construit pendant la guerre, c’est son père qui lui a dit, et dans lequel il y a forcément un squelette de soldat, c’est Nico qui lui a dit. Nico et elle essayent toujours mais sont pas vraiment cap, alors ils font à la place un spectacle de marionnettes derrière le petit mur du balcon, le blockhaus attendra demain.
A l’étage, elle ne sait pas ce que c’est par terre mais Ca gratte les pieds nus, et ça coince les grains de sable qu’on a pas bien rincés. Le matin quand on ouvre les volets ça sent la mer de partout, et peu importe le temps qu’il fait, le guili est toujours là, pour aller sur la plage ou marcher sous la pluie. Elle ne sait pas le guili ça s’appelle le bonheur, ni que c’est ici, à ce moment précis, qu’elle fabrique ses plus beaux souvenirs.
Elle ne sait pas que plus de 30 ans plus tard, par un vendredi pluvieux de janvier, elle fera ses valises pour y retourner une dernière fois avant que la maison soit vendue. Elle ne sait pas qu’elle y emmènera sa fille, à qui sa grand-mère promettra de faire des coquillettes le jour des fruits de mer, pour qu’elle connaisse à son tour cette odeur-là. Elle n’imagine pas à quel point le guili sera là, intact, a quelques heures de monter dans le train et de pousser la petite porte qui n’est sans doute plus Si blanche que ça.

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