Avec toutes mes sympathies

Ce matin je me suis réveillée triste sans savoir pourquoi, puis je me suis souvenue : Alex est mort.
Alex, c’est le frère adoré d’Olivia de Lamberterie. Cette femme, je l’aimais déjà en tant que critique littéraire, et pas seulement parce qu’au moment de la sortie de mon premier roman, Un tout petit Rien, elle en avait parlé de la plus jolie façon qui soit. Désormais elle fait partie du cercle très fermé des auteurs qui m’ont fait pleurer sur des banquettes RATP.

Alex est mort, on le sait dès le début, mais si tôt qu’on fait sa connaissance on voudrait une happy end. Mort puis plus mort, ou un truc du genre. Raté, il est mort pour toute la vie, pas de la « belle mort » qui prend gracieusement dans le sommeil, mais de celle qui arrache dans le sommeil d’un espoir fragile en des jours meilleurs.

Olivia de Lamberterie n’écrit pas pour faire son deuil, on ne digère pas la mort comme on digère une raclette, hop, un peu de repos et ça repart, le deuil elle ne le fait pas elle le prend, dans toute sa mesure, toute son étendue, toutes ses questions sans réponses.

Quand je pense à ce livre je pense au mot « élégance ». Celle d’Alex et de tous ses proches, mais aussi celle de sa sœur, qui chemine avec une authenticité jamais impudique, qui interroge sans régler de comptes, qui hurle sans rien casser. Je me demande souvent ce qui nous pousse à écrire l’intime, et aussi à le lire. Depuis hier je ne sais toujours pas, mais j’ai compris que quand c’est fait avec autant d’élégance, la question n’a plus la moindre importance.

Je pense aussi à tous ceux pour qui le mot « Suicide » sonne différemment, et à cet extrait du livre d’Edouard Levé dont c’est le titre, rendu à son éditeur juste avant de se donner la mort : « Ton suicide rend plus intense la vie de ceux qui t’ont survécu. Si l’ennui les menace, ou si l’absurdité de leur vie jaillit au détour d’un miroir cruel, qu’ils se souviennent de toi, et la douleur d’exister leur semble préférable à l’inquiétude de ne plus être. Ce que tu ne vois plus ils le regardent. Ce que tu n’entends plus, ils l’écoutent. […] Tu es cette lumière noire mais intense qui, depuis ta nuit, éclaire à nouveau le jour qu’ils ne voyaient plus.

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