Namasté mes amis

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Jusqu’ici, en France, quatre femmes entre 30 et 40 n’avaient jamais fait de yoga. Désormais, elles ne sont plus que trois. Je sors de mon premier cours. J’avais longtemps repoussé la chose, aussi emballée par l’idée d’un cours collectif que par celle de marcher pieds nus sur des tapis que je ne connais pas.

J’ai déposé mes affaires au vestiaire, et pris un tapis, une couverture et quelques objets non identifiés que les autres femmes avaient disposé autour d’elles. J’étais tellement perdue que je faisais tout comme elles, elles se seraient mises à pousser des grognements en s’enfonçant une clé de 12 dans le nez que j’aurais fait pareil. Rien ne m’étonnait, ou plutôt tout m’étonnait, j’étais dans cette zone où l’on ne sait rien de ce qui se fait, de ce qui se dit, où on ignore tous les usages en la matière, et où cette sensation d’étrangeté nous absorbe tellement qu’on en oublie qu’on est juste à montreuil, sur un tapis de yoga, a quelques minutes à pieds de chez soi.

La prof nous a dit quelques mots, elle avait un accent magnifique, et son visage rayonnait comme si elle venait de croiser le Christ et qu’il lui avait fait un gommage detox au charbon actif.

Elle nous a demandé de nous asseoir en tailleur, les mains sur les genoux, et j’ai eu envie de rigoler comme à chaque fois qu’on me demande de faire quelque chose qui a à voir avec une posture, comme à chaque fois que je dois entrer dans un rôle, en l’occurrence celui de la fille qui fait un cours de yoga, ce qui en soi n’est pas si drôle, vous en conviendrez. Apres elle a dit qu’on allait devoir chanter et là j’ai pensé que j’allais devoir partir, heureusement ça a duré juste le temps d’un « hummmmmmmmm », et puis on a enchainé quelques positions. Elle les expliquait tellement bien que je pouvais les faire sans la regarder, yeux fermés, jusqu’au moment où elle a fait une blague alors j’ai rigolé et ouvert les yeux, mais c’était pas du tout une blague.

Tout autour de moi, la totalité des femmes sans exception avait pris la position demandée avec la même peine que si on leur avait demandé de se toucher l’oreille gauche avec l’index droit.

Mon corps à moi m’avait opposé un « non » ferme et définitif. Je le connais un peu, je sais qu’il ne brille pas particulièrement pour sa souplesse ni son endurance, mais face à son obstination têtue et raide, j’étais la mère désemparée, lui l’enfant buté, j’ai eu envie de me justifier, « il n’a pas fait la sieste », mais personne me regardait sauf la prof, qui m’a fait de la tête le signe que c’était pas grave. Elle est passée et m’a dit tout bas « la prochaine fois peut-être qu’il voudra bien », et c’était très doux d’entendre qu’il avait bien le droit de dire non. On a continué, mon corps, moi, les autres femmes et le leur, à enchaîner des positions. À un moment on s’est retrouvées allongées, le tapis m’a absorbée et je crois bien que je suis passée en dessous de lui. La prof nous a demandé si on avait froid, j’ai dit non mais quand elle est passée elle a dit « tou a bésoin dé chalor » et m’en a déposé une. Elle avait raison, c’était bien.

À la fin on a dû chanter des trucs que je ne comprenais pas, j’ai pas trop aimé l’idée, je me disais que si ça se trouve j’étais en train de chanter « Macron est grand » ou « J’aime les Chamonix ». Au bout d’une heure et demie je suis rentrée, à pieds, comme j’étais venue, mais avec la sensation d’un corps qui marchait dans la rue, un corps qu’il est ce qu’il est, plus ce qu’il etait et pas encore ce qu’il sera, un corps qui fait ce qu’il peut et c’est déjà sympa de sa part.

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