La première chose que l’on remarque

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Photo Audrey Ricoul

La première chose que l’on remarque c’est son regard : celui des yeux, mais pas seulement. Une façon de parler, d’allumer une bougie, de serrer la main très fort, de rire, de se taire, de souffler sa fumée, de photographier, aussi.
Elle a un univers, qu’elle trimballe avec elle partout mais qui ne prend pas de place. Celui duquel elle est faite, et qui donne à chaque lieu où elle est, à chaque geste qu’elle fait, à chaque regard qu’elle porte sur les gens, les événements et les choses, une lumière différente.
Elle utilise des mots qu’elle invente, des expressions inédites, elle a construit un dictionnaire rien qu’à elle et qu’on comprend tout de suite, elle met des mots dans les creux, là où la langue échoue à dire.
Elle prend des photos -c’est son travail-, elle aligne des mots, chaque phrase et chaque cliché portent sa signature, d’ailleurs en la rencontrant j’ai découvert la nécessité d’inventer un nouveau mot, « ricoulien », adjectif qui se rapporte à tout ce qui se rapporte à elle, justement.
Est ricoulien : une bougie sur une cheminée, un verre de vin, un bouquet dans une cuisine, un parfum qui flotte dans l’air, un grain de peau, une terrasse de bistrot l’hiver, un carnet griffonné, un billet d’avion pris sur un coup de tête, une minuscule fenêtre qui donne sur la mer.
Elle n’aligne pas les mots pour qu’il fassent « beaux », n’agence pas les choses pour qu’elles « rendent » bien. Le travail se fait bien en amont. Ses photos ne sont pas le reflet de ce qu’elle voudrait montrer, c’est le reflet de ce qu’elle voit, vraiment.
Si la vie est souvent plus belle vue de derrière son objectif, c’est que la vie est belle vue de sa tête, c’est aussi simple que ça.
Est ricoulien aussi la couverture de mon roman, qu’elle m’a fait l’immense cadeau de réaliser.
On a passé quelques jours ensemble dans la maison dont je parle dans ces pages, c’était la plus douce manière possible de boucler la boucle, de clore l’histoire, une histoire de fantômes d’enfants qui rient encore dans leurs chambres, et de maisons d’enfance qu’on ne quitte jamais vraiment puisqu’elles font partie de nous. Une histoire ricoulienne.

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