Mets un gilet, Maman a froid

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Cette phrase, quand je l’ai entendue de je ne sais plus quelle bouche la première fois, je l’avais trouvée à la fois drôle, tendre et cruelle. (La phrase, pas la bouche.) Cette façon de confondre nos deux corps -celui de notre enfant et le nôtre-, de s’emmêler les pinceaux et les chairs dans les sensations, on peut difficilement mieux la résumer qu’avec ces six petits mots-là.
Mais en ce moment, je lui trouve un sens nouveau.
J’ai un petit problème avec le doute. J’imagine que comme les bons vins, l’idéal serait de le consommer avec modération. Mais le doute en excès, c’est une gueule de bois qui dure toute la vie, pour soi comme pour nos proches. D’ailleurs j’ai souvent pensé que le jour où j’arrêterai de douter, je pourrai mourir tranquille. Peut être que si je continue à douter, c’est parce que je n’ai pas envie de mourir, tranquille ou intranquille. Ces « gens qui doutent », comme les appelle Anne Sylvestre, ils ne doutent pas des autres, mais de leurs propres sensations. S’ils ressentent de la tristesse, ils la taxent d’hypersensibilité. La lassitude, d’inconstance. La colère, de susceptibilité. La peur, de faiblesse. Et ça continue comme ça, avec tous les sentiments de la vie. Je vous avais prévenus, c’est reposant pour personne.
Et puis tout à l’heure, j’ai eu froid. Je me suis levée, et j’ai mis un gilet. Et j’ai réalisé que quand j’avais froid, je ne me traitais pas de frileuse. Que je n’allais pas vérifier auprès du thermomètre si j’avais raison d’avoir froid. Que je m’en tapais de savoir si quelqu’un d’autre aurait eu froid à ma place. J’avais froid, j’ai pris un gilet.
Et je me suis dit que peut-être, pour commencer, il faudrait savoir s’avouer à soi-même qu’on est triste quand c’est le cas, avec la même lucidité qu’on s’avoue qu’on a froid.
Alors seulement, on pourrait se lever, pour aller chercher ce dont on a besoin.
Et puis surtout la grosse erreur ce serait de rester plantés là, sans rien faire pour soi, et de demander à quelqu’un de mettre un gilet pour réchauffer notre froid.
C’est un truc à attraper la mort, la tristesse et le rhume.

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