Lui faire des vacances

Je suis tellement tactile que le week-end dernier, alors que je posais pour une photo avec une de mes meilleures amies, elle m’a demandé l’autorisation avant de me mettre la main sur l’épaule.

Aussi, je ne m’explique pas bien l’impossibilité que j’ai à garder mes mains dans ma poche quand ma fille est à proximité immédiate de moi. En même temps on n’a pas idée d’avoir une aussi jolie nuque, et d’y répandre, comme si ça ne suffisait pas, ce qui se fait de mieux en matière de douceur.

Alors voilà le résultat, j’ai la main baladeuse, toutes les occasions sont bonnes, les bonjour, les au revoir, les « à quoi tu joues ? », les « à quoi tu penses ? ». Je joins le geste à la parole, à toutes les paroles, elle doit parfois avoir l’impression que j’ai mille mains tellement il y en a toujours une qui traîne dans les parages. Elle semble s’être habituée à ces doigts innombrables qui courent le long du petit chemin jusqu’à ses cheveux relevés dans un chignon flou, c’est ça qu’on dit ? « chignon flou » ? pour qualifier des bosses et des mèches et des nœuds rassemblés bien en hauteur par ses mains trop petites pour contenir toute entière la masse épaisse de ses cheveux blonds. Tiens, ça aussi c’est quelque chose d’assez fou, un miracle chaque fois renouvelé de tomber sur cette épaisseur là, de s’étonner de cette matière, de cette blondeur, moi qui n’ai sur la tête que 46 cheveux noirs.

Et puis un jour, c’est un vendredi 16 décembre 2016, dernier jour d’école avant les fêtes de fin d’année, je vais la chercher à la sortie, je l’interroge sur sa journée pendant que mes doigts retrouvent le chemin du chemin, englouti sous une forêt de manteau et d’écharpe. Au lieu d’y trouver la douceur habituelle, ils rencontrent une petite tension, un frémissement presque imperceptible, une raideur d’agacement qui suspend un peu mon geste.

Alors en continuant à parler, elle va chercher dans son dos ma main égarée et me la rend. Calmement mais fermement, elle me rend ma main, la rend au froid de l’hiver, la rend au bout de mon bras, la rend ballante, et continue son récit, imperturbable, altière.

– « Oh la la, madaaaaame, d’accord, pardonnez-moi, je ne vous touche plus ! » je tente, avec dans la voix des petits relents destinés à provoquer l’ombre d’un remord.

– « Oui s’il te plaît Maman, arrête, ça me fera des vacances. »

C’est dit sans méchanceté, avec une sincérité troublante. Je lui demande si elle trouve que je la touche un peu trop. Sa réponse est négative. Pas un peu trop. Beaucoup trop.

Je lui dis qu’elle a raison de me le dire, qu’elle n’est pas une machine à caresses ou à bisous, que ce petit corps emmitouflé lui appartient tout entier, et qu’elle fait bien de dire stop chaque fois qu’un geste ne lui convient pas.

Je dis tout ça et je le pense, ce qui ne m’empêche pas d’espérer un revirement de situation avant qu’on arrive à la voiture.

Mais rien ne vire, le verdict est définitif. Il faut que j’arrête un peu, ça lui fera des vacances.

Depuis je garde les mains dans mes poches. Ca me donne l’allure un peu cabossée d’une maman désenchantée.

Mais je tiens bon. Et puis ça va passer vite. Si j’ai bien calculé, il ne reste plus que 11 jours avant la fin des vacances.

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