Les murailles de sable

Préparer les bagages et passer au portefeuille d’été. Prendre sa carte de donneur d’organes.
Ses petits pas dans le sable mouillé. Sa façon d’essayer de s’aligner sur ceux de son père.
Le sable sur son dos musclé. Dieu que c’est beau, un dos. Pardon, j’ai dit Dieu.
La première gorgée de rosé.
Enterrer son enfant dans le sable. Nausée. C’est nul ce jeu, on arrête ! Rage. Ignorer les protestations.
« Elle est super bonne une fois qu’on y est ! » La mort aussi ?
Le soleil qui se couche. Son air de vieil homme confiant qui ne prend pas la mesure des choses.
Le bruit des raquettes, celui des tongs et des sirènes.
Cette époque où être juillettiste n’incluait pas la possibilité de mourir en juillet.
Mourir en été.
Le téléphone, au réveil, croiser les orteils sous les draps plein de sable.
Les militaires. Qu’est-ce qui tient le plus chaud, entre la peur et le kaki ?
Elle qui est si bavarde, elle ne pose aucune question. Insouciance ou lassitude ? Petite autruche ou chaton effrayé ?
Elle n’aime pas les terroristes, parce qu’à cause d’eux il n’y a pas eu de journée des enfants à Bayonne.
Est-ce qu’elle sait écrire ce mot correctement, « terroriste » ?
Elle sourit au militaire mais pas à leurs armes. Elle trouve ça méchant, de tuer les terroristes comme ça. Elle dit qu’il faudrait mieux les étrangler, c’est beaucoup plus aimable.
Les enfants, jamais très loin de leurs parents. Est-ce qu’ils le trouvent plus sévères, cette année ? Plus tendus ?
Courir sur la plage pour l’attraper, elle court très vite. C’est utile. Nausée.
Se préparer pour Bayonne. Le rouge, le blanc. Le bleu du ciel, au-dessus.
Le père, si peu inquiet, qui finalement glisse dans la conversation avec sa fille quelques consignes de sécurité.
Le bruit des vagues en s’endormant. Réveil en sursaut. La mer n’est pas contente, elle attend qu’on soit couchés pour crier.
Quand ils marchent tous les deux, me mettre derrière pour les regarder. Ils ont la même silhouette, la même démarche déglinguée.
Moments de grâce qui se répètent d’heures en heures, de jours en jours, c’est bizarre le bonheur, ça va bien avec les idées sombres, je n’ai jamais eu autant l’un depuis que j’ai autant les autres.
L’indécence d’être heureux.
L’application à l’être.
La petite ligne de bronzage sur son nez, à force de le froncer.
Continuer à construire des châteaux de sable. Avec des remparts juste un peu plus hauts que ceux de l’année dernière.

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