Un tout petit rien – Tome 2 (ou pas)

Au moment où Un tout petit rien est sorti, on m’a souvent demandé, en promo ou dans mon cercle proche, pourquoi j’avais voulu écrire « là-dessus ».

J’ai longtemps cherché une réponse décente, parce que celles qui me venaient spontanément manquaient un peu de glamour et d’esprit.

J’avais, dans le désordre « Parce qu’on me l’a suggéré », « Pourquoi pas ? », « Je t’en pose, des questions ? » et « Parce que c’est le seul sujet sur lequel j’ai quelques petites choses à dire. »

Toutes ces réponses étaient vraies, au fond, mais je pressentais d’abord qu’on attendait autre chose, mais aussi qu’il y avait autre chose. Une autre raison derrière, sans doute un peu plus « noble », même avec un petit « n ».

J’en ai trouvé quelques unes, certaines officielles, d’autres officieuses, et cette question que je redoutais tellement aura au moins eu le mérite de m’aider à y voir plus clair sur ce qui m’avait donné envie de me lancer.

Comme je vous le disais, Un tout petit rien n’était pas encore sorti que mon éditeur m’invitait à me lancer dans un deuxième roman.

Je me souviens d’avoir eu la sensation, au début, que ce n’était pas possible. J’avais dit ce que j’avais à dire, et j’avais traité le seul sujet pour lequel je me sentais une forme de légitimité.

Rapidement, on a évoqué l’idée d’une suite. Un tout petit rien Tome 2, façon déboires d’une jeune mère célibataire. L’hypothèse pouvait paraître tentante. Là-dessus aussi, j’avais quelques choses à dire, et assez d’anecdotes pour noircir du feuillet. Les personnages restaient les mêmes, je connaissais le début, le milieu et la fin de l’histoire, qui se terminerait plutôt bien, qui plus est.

Encore plus vite j’ai senti que je n’avais aucune envie de le faire. « Facilité » c’est le premier mot qui me vient à l’esprit, et pourtant ce n’est pas le bon. Je n’ai rien contre la facilité, j’achète même des étagères Ikéa défoncées chez Emmaüs pour ne pas avoir à les monter. Je n’avais juste pas d’élan pour ce sujet, et j’anticipais que je n’aurai pas de plaisir à le traiter, qu’il me manquerait l’excitation et l’appréhension nécessaires.

Voilà, je n’avais pas peur, et j’avais envie de flipper.

Et puis il y avait autre chose. Peu de temps après la sortie j’ai commencé à recevoir des mails. Des drôles, des mignons, des touchants, des chialants, des curieux. On me demandait par exemple « Comment s’appelle le bébé ? », « Le père est-il revenu ? » ou « Comment avez-vous parlé à votre fille de tout ça ? »

Vous allez me dire, j’avais tendu quelques perches. La narratrice portait mon prénom, et j’avais soigneusement effacé les limites entre « autobiographie » et « fiction ». Mais il y en avait pourtant, et si le récit s’arrêtait là où il s’arrêtait, c’était bien pour laisser la porte ouverte à l’imagination. Si l’enfant ne portait pas de nom, c’était bien pour lui coller le visage qu’on souhaitait. Si le sort du père restait confus, c’était bien pour ne pas en dire plus.

J’avais tenté – maladroitement, sûrement, parfois – de partir d’un cheminement intime pour en faire un récit plus « universel ». L’histoire s’arrêtait à la page 220, j’étais la personne la moins bien placée du monde pour donner des conseils, et écrire une suite à cette histoire était le meilleur moyen de semer un peu plus la confusion.

J’ai envisagé de sortir un roman sobrement intitulé « Un tout petit rien – le retour ». Dedans on y trouverait 220 pages blanches, à remplir soi-même.

Mon éditeur m’a dit que oui, mais non. Il est sympa, mais très 2015.

Tout ça pour vous dire que Ta façon d’être au monde n’est pas une suite, mais une nouvelle page.

Il paraît qu’ils ont un air de famille tous les deux, je ne m’en rends pas bien compte.

Lundi soir, alors que je vadrouillais entre deux soirées, j’ai reçu un mail pour m’avertir que les premiers commentaires Amazon étaient tombés.

J’ai failli tomber à mon tour, en les découvrant.

Parce que ce livre-là, je sais qu’il est différent de son grand frère. Que je l’ai porté plus longtemps, et sans doute plus viscéralement. Je sais qu’il est particulier, et depuis le début je dis que je n’ai aucune idée de la façon dont il va être reçu.

Alors ces petites étoiles-là, ces premiers retours, je vous assure que je les savoure, comme on savoure des compliments sur un enfant qu’on sait un peu différent.

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