Bonnes journées, bonne santé

Cette année je ne suis pas allée à Noël.

Je n’ai pas eu le temps, j’irai l’année prochaine.

Ceux qui me suivent savent combien j’aime, naïvement, bêtement, inconditionnellement, ce qu’il est coutume d’appeler « les fêtes de fin d’année ».

Ceux qui me connaissent savent que chez moi le sapin arrive le 1er décembre, que rien ne m’enchante plus que les décorations dans la rue et les paillettes sur les yeux des vendeuses, que rien ne m’apaise plus, quand arrive l’automne avec ses gros sabots, que d’anticiper le jour de Noël et surtout ceux qui précèdent. Les quelques jours d’avant sont les meilleurs, parce qu’il reste encore tout ça à vivre.

On n’a pas beaucoup de mérite à aimer Noël quand on est bien né. J’entends par là dans la bonne famille, désertée de cons, de racistes, de méchants, d’aigris et de malveillants.

D’ordinaire donc je compte les jours avec plus d’application que ma fille ouvre les fenêtres du calendrier, je me force à boire du vin chaud, il ne passe toujours pas, mais distille dans mon sang la certitude qu’on y est bientôt.

Cette année, et pour plein de raisons différentes, Noël a été un peu particulier.

Cette année, j’ai eu des bouffées de haine envers ceux qui ont fait pleurer les sapins dans tellement de foyers. J’ai eu des images de débris de boules de Noël écrasées autour des cadeaux, verre pilé qu’on souffle depuis les terrasses de café, et qui empêche de sourire sans se blesser.

J’ai eu tout ça, et puis, sans prévenir, des montées d’amour comme d’autres ont des montées de lait. Des élans d’optimisme devant ce qui perdure : le plaisir d’être ensemble, l’ivresse d’un bon vin, l’excitation des enfants et les lueurs de bougies.

C’était un Noël hors-saison, la faute de la douceur ou de la douleur de l’air, difficile de trancher.

Cette année j’ai slalomé entre les sapins et les guirlandes sans les voir, et en buvant la première coupe de la première étape de la tournée des maisons, le plaisir m’a surprise, inattendu, vif et précieux.

Cette année pour la première fois je n’ai pas eu ce dialogue secret avec moi-même pendant le décompte, ces promesses que je me fais d’habitude d’être plus ou moins, mieux ou différente. Je n’ai pas formulé de vœu, ni pour moi ni pour les autres, je n’ai pas eu la sensation que je serai neuve dans 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 seconde. A zéro j’ai crié « BONNE ANNEE », et je crois que j’ai sorti à cet instant les derniers microbes de l’angine qui m’avait clouée au lit pendant trois jours, à manger des bâtonnets de glace et avaler des lames de rasoir.

A force d’entendre que c’était une année de merde et que vivement la prochaine, je finis par croire qu’il n’y a pas de bonne année.

Passer une bonne année, ce serait comme être amoureux tous les jours.

Je ne crois plus aux bonnes années. Je crois aux bonnes minutes, aux bonnes heures et parfois aux bonnes journées, comme je crois qu’on peut aimer la même personne toute une vie, mais certainement pas tous les jours.

Alors voilà ce que je me souhaite, ce que je vous souhaite, ce que leur souhaite. Je vous souhaite des bonnes minutes, des bonnes heures et des bonnes journées, et peut-être qu’au bout du compte, dans 361 jours on pourra dire sans mentir ni trembler qu’on a passé une bonne année.

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