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Après de multiples aventures (la preuve ici, , ou encore ) on a enfin vendu la maison. On avait donc trois mois pour en trouver une autre.

Je souhaite à tout le monde de vivre cette période étrange, de frénésie et d’excitation, d’annonces immobilières et de visites, ce drôle de moment où en cliquant sur une photo on se dit que peut être ces murs seront notre décor, cet instant où en ouvrant une porte on en écoute le grincement en réalisant que c’est peut-être celui qui rythmera nos vies.

Chaque fois, avant d’aller faire une visite, je m’accordais une pause de quelques minutes pour immortaliser l’instant, cet instant qui précèderait celui où on aurait trouvé un toit.

J’en ai immortalisé une vingtaine, et on a visité autant de biens. Des tout neufs qui sentaient encore la peinture, des tout vieux qui sentaient la poussière, des tout abandonnés qui sentaient les emmerdes, des tout en cartons qui sentaient la mutation, des tout tristes qui sentaient le divorce.

J’ai trouvé à cette course contre la montre quelque chose en commun avec les périodes de célibat. Une hâte de trouver le bon, une excitation mêlée d’angoisse avant le premier rencard, un espoir fou que cette fois, ça fonctionne, une déception d’emblée qu’on essaye de surmonter en grimpant l’escalier, une somme de détails qui font douter, un élément rédhibitoire, parfois, qui sonne la fin avant même que quelque chose ait commencé.

Une bonne surprise au grenier, une moins bonne à la cave, ou l’inverse, un effort pour se projeter, une prétention dans le prix, une fêlure touchante, une tentation puis un refus de les mettre tous dans le même panier, une jalousie nouvelle et déplacée pour ceux qui ont trouvé, des justifications maladroites, on est désolés mais non, c’est pas vous c’est nous, le jugement et la suspicion qui ne tardent pas à pointer, partis comme ça vous ne trouverez jamais, l’espoir nouveau, qui tombe dessus, intact et frais, puis encore les doutes, la culpabilité, est-ce que c’est moi qui suis trop exigeante.

L’attente d’un coup de foudre, même pas raisonnable, surtout pas raisonnable, quelque chose dans quoi se fondre pour ne plus peser le pour et le contre, en voilà un qui pointe, justement, pour la première fois, en pénétrant dans les lieux un sourire dans la cage thoracique et une légère accélération du rythme cardiaque, surtout ne pas montrer l’emballement, feindre l’assurance, faire croire que rien n’est essentiel, toujours faire semblant. Guetter juste, discrètement, dans le regard de l’être aimé, un écho à ce qu’on ressent, le trouver et s’y lover, dans cette approbation qui rassure.

Faire des plans sur la comète, enclencher le processus, demander un deuxième rendez-vous, essayer de contenir l’excitation, se préparer au pire, le pire étant la déception, et puis non finalement, voilà que c’est encore mieux que la première fois et qu’on en voudrait encore plein d’autres, des fois, maintenant que je t’ai trouvé s’il te plaît aime-moi.

Prendre un râteau.

On n’a pas voulu rappeler le lendemain. La règle des trois jours, c’est important à ce qu’ils disent. Ce qu’ils oublient de dire c’est que certains ne l’appliquent pas, et que ceux-là mettront bientôt leur écran plasma là où on avait prévu de mettre notre canapé.

L’appartement qu’on a visité juste après disposait d’un balcon. « Ensoleillé le matin, avec une vue dégagée », a précisé le propriétaire. Tellement dégagée qu’on y voyait, en contrebas, la maison qui nous était passée sous le nez. L’appartement était bien mais on n’a jamais vu personne choisir un homme qui lui rappellerait tous les jours au petit-déjeuner combien la vie aurait été plus douce dans les bras de celui occupé avec une autre.

On a accusé le coup, on a laissé passer un peu de temps, mais pas trop parce qu’il pressait. On a recommencé les visites, et forcément tout nous paraissait moins bien. On a mis quelques râteaux aussi, avec moins de pincettes et d’empathie, parce que désormais on avait le cœur un peu endurci.

On s’est laissés attendrir par une petite maison. Plus petite que l’Autre mais aussi à l’allure plus douce, une candidate idéale pour surmonter une rupture, quelque chose de douillet et de réconfortant qui soignerait notre égo malmené, des bras discrets mais solides dans lesquels se consoler. Mais c’était une petite maison qui cachait bien son jeu, et quand on lui a donné nos conditions elle a ricané un peu des volets en nous disant qu’on était mignons mais que non, désolée.

Un jour, un entremetteur nous a appelés en nous disant qu’il avait trouvé la bonne. Quand on s’est pointés au rendez-vous, il a détaillé mon mec des pieds à la tête, et à mesure que son regard remontait vers le sommet du crâne, ses yeux se voilaient d’une déception étrange, qu’il a illustrée en ces termes :

– « Ah merde, vous êtes grand. »

Evidemment, c’était un peu étrange comme manière de nous souhaiter la bienvenue, alors on a commencé à lui demander en quoi c’était un problème et puis on a vite compris. La maison était effectivement parfaite, au détail près que la hauteur de plafond était d’1m72 dans la plupart des pièces.

Alors que je poursuivais poliment la visite pendant que mon mec me suivait à quatre pattes, l’entremetteur qui croyait à l’amour, au Vrai, nous a quand même dit que c’était important les concessions, qu’on se faisait à tout, et qu’on pouvait par exemple décider que j’éviterai de sauter dans ces pièces et que mon mec ne pénétrerait ni dans la cuisine ni dans les chambres, qui, soit dit en passant, servaient à dormir, et présentaient donc un volume largement suffisant en position couchée.

J’ai imaginé mon mec coincé dans le canapé jusqu’à la fin de nos jours, nous raccompagnant au seuil du salon en nous souhaitant bonne nuit et bon appétit, allant embrasser ses enfants dans leur lit en rampant, et si un frisson d’excitation m’a parcouru l’échine à cette idée on a poliment décliné d’une seule voix, et on est rentrés chez nous en sautant.

Et puis un samedi, un autre agent nous a donné rendez-vous devant une autre maison. On tenait tous les deux debout dedans, ce qui nous a semblé être un premier point positif.

Elle était biscornue, avait besoin d’être rénovée, offrait la possibilité d’être agrandie, résonnait de l’accent de sa propriétaire qui l’avait achetée 50 ans auparavant, nous inspirait une familiarité étrange et l’envie de grandes choses.

Le même jour on a signé la vente de l’ancienne maison et l’achat de celle-là. La propriétaire pleurait, et j’ai posé une main maladroite sur son genou, sous la table. En sortant elle nous a confié les clés, a tenu à y laisser son porte-clé en nous souhaitant qu’il nous porte bonheur comme il l’avait fait pour elle.

On était le 30 juin, nos cartons étaient stockés ailleurs parce que de notre nouveau toit il n’allait bientôt plus rien rester, on ne savait pas très bien où on allait dormir dans les semaines à venir. Huit semaines, nous avait promis l’entrepreneur. (AHAHAHA, hurle le public en délire)

Entre cette maison et nous, on ne peut pas dire qu’il s’est agi d’un coup de coeur.

Ca tombe bien, je n’ai jamais cru au coup de foudre.

Je crois à l’amour qui se construit.

Ca tombe bien, des travaux on allait en bouffer.

Le premier mur est tombé, en emportant dans sa chute les souvenirs d’enfance de cette maison de famille. On est partis tous les deux, en se demandant si tout ça était bien raisonnable, et où on allait dormir ce soir.

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