En passant

Elle a dit « Je ne te laisse pas partir tant que tu n’auras pas prévu quelque chose », et j’ai su qu’elle ne plaisantait pas.

Elle est comme ça Lola, une main de fer dans un gant de velours, assorti aux yeux qui te regardent et au noir de ses ongles qui te tiennent le bras.

Elle m’a demandé « ça serait quoi, l’idéal, pour toi ? »

J’ai dit « bah euh je sais pas, un truc en tout petit comité. »

Elle a dit « où ça ? »

J’ai dit « Dans la cour de mon ancien immeuble où j’ai écrit le livre. »

Elle a dit « A faire quoi ? »

J’ai dit « A boire du champagne dans des gobelets en plastique. »

Elle a dit « Appelle ton ancienne gardienne » et elle est allée acheter du champagne et des gobelets en plastique.

La gardienne a dit « oui », son mari aussi, ensemble ils ont mis la table dans la cour, dessus une jolie nappe blanche et des bougies partout, de la charcuterie du Portugal et des serviettes de couleur.

 

La petite cour s’est remplie peu à peu des voix de ceux qui étaient passés par là, à une autre époque, dans une autre vie. Ils regardaient autour d’eux, étonnés, c’est la première fois qu’ici avec eux on se voyait si bas, et là-haut au septième étage la fenêtre de mon ancien appartement regardait si on avait changé.

A un moment j’ai compté jusqu’à 5 et je me suis dit qu’on était au complet, puis j’ai entendu que ça sonnait. Avec mon verre à la main je suis allée vers la grande porte, celle que j’avais franchi 1000 fois dans chaque sens, j’ai retrouvé le bouton à gauche et mon bras connaissait encore exactement la force à mettre dans la poignée pour la tirer jusqu’à moi.

Dehors il y avait ma famille, venue me faire une surprise, et c’est là que tout s’est gâté.

Ma petit sœur, venue en train pour l’occasion, l’impression de rêver, de ne pas les mériter, la petite blonde qui m’appelait « Maman » et passait des rondelles de saucisson dans lesquels on devinait la trace de ses dents de lait, des bouquets pour moi, plein, la buée qu’on formait avec notre bouche parce qu’il faisait froid et qu’on fumait trop, l’impression de flotter, encore, la gardienne, son mari, leurs sourires, mes « merci », mon éditeur et mon attachée de presse qui passent aussi, et que je présente dix fois à chaque personne parce que ça envoie, quand même, et les voilà qui parlent avec ma famille, mes amis, ces gens réunis autour d’un livre, en fait non ce n’est pas qu’un livre, c’est une aventure, une putain d’aventure, pardon Patricia je t’avais promis que j’essayerai de plus mettre de gros mots, mais tu comprends là il y a pas d’autre mot que celui-là qui me vient, parce que Putain, qu’est-ce que c’est bien, en ce moment.

Je reviendrai vous raconter d’autres choses et d’autres gens, mais là j’ai un avion qui m’attend, enfin il m’attend pas vraiment mais quand on a un éditeur et une attachée de presse ça le fait mieux que de dire « je suis à la bourre pour aller choper mon RER qui nous emmène moi et ma valise Paris Match à Roissy ». Quoi qu’il en soit je pars pleine de bonnes ondes, et je vous remercierai jamais assez pour ça.avion

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