Tic, Trac.

Il y a eu des mails envoyés parce qu’il fallait bien se lancer, et un coup de fil dans la voiture. Un rendez-vous pris du côté de République, mes mains moites sous la table et mon ventre noué. Il a dit « J’ai beaucoup aimé votre texte » et j’ai dit « Quel texte ? ».

Il a dû trouver ça surprenant, ça ne l’était pas tant venant d’une femme à qui on avait dit pendant l’accouchement « On voit sa tête ! » et qui avait répondu : « La tête de qui ? »

Il m’a dit « Votre roman, je l’ai aimé, et je voudrais bien le publier ». Malgré ses sourires il n’avait pas l’air de plaisanter, mais en repartant je me suis dit que non, il ne faut pas s’emballer, peut-être que j’ai mal entendu et qu’il a dit quelque chose qui sonne pareil, comme, je sais pas moi, « Avec le temps qu’il fait, on ne sait plus comment s’habiller ».

Alors j’ai eu froid et chaud, et je me suis dit qu’il avait raison, avec le temps qu’il fait je ne sais plus comment m’habiller. J’ai acheté du champagne sans trop y croire, et chaque gorgée avait l’air de me dire qu’il ne fallait pas s’emballer.

Il y a eu un contrat que j’ai signé, j’avais bien vu « roman » mais peut-être que j’avais mal lu et qu’il y avait un malentendu, peut-être que je venais de signer pour des volets électriques, alors j’ai bu encore du champagne en me disant qu’au pire, ça me ferait gagner du temps le matin.

Il y a eu des petites corrections à apporter. Des CTRL+C et des CTRL+V, des paragraphes ajoutés, d’autres supprimés.

Il y a eu un mail, « Maintenant, c’est tout bon », et une grosse enveloppe dans ma boîte aux lettres, contenant des centaines de feuilles dans un élastique que j’ai gardé.

Il y a eu des virgules déplacées, des expressions modifiées, des petits riens qui changeaient tout, au moins dans mon esprit.

Il y a eu un matin, un trajet interminable jusqu’à ma boîte aux lettres, un coup de clé et une enveloppe brûlante, qui contenait un rêve que je pouvais palper. Un rêve carré et relié, qui avait plus la forme d’un livre que d’un volet électrique.

Je n’ai pas gagné de temps le matin et j’en ai perdu le soir, à me retourner dans mon lit en me demandant si c’était bien vrai.

Il y a eu une pièce remplie d’enveloppes et de livres à signer à des journalistes et des blogueurs, des phalanges ankylosées et une écriture qui tremblait, puis un week-end étrange où j’ai compris que ce livre ne m’appartenait plus tout à fait.

Qu’il était maintenant dans d’autres mains, sur d’autres étagères.

Il y a eu ces « premiers retours », par mail ou par billets, il y a eu elle, et elle, et le bonheur que j’ai eu à sentir qu’elles avaient été touchées.

Et voilà qu’aujourd’hui il se passe des trucs bizarres. Je trouve un certain charme à la ligne 13 et aux prénoms américains. Mes vendredis ont parfois des allures de dimanche et mes dimanches des airs de grandes vacances, je marche deux heures par jour et dans mes veines coule du café.

Je fume trop et parfois pendant cinq heures j’oublie de fumer, je dis bonjour en entrant dans le métro, je sympathise avec des téléconseillères et je tape mon digicode au distributeur à billets, je voudrais me rouler dans une tarte aux pommes qui rassure ou dans le ventre de ma mère, elle m’assure en me prenant dans ses bras qu’à choisir, elle aime autant aller cuisiner, mais qu’est-ce qui m’arrive au juste.

Ah oui, c’est vrai.

Mon premier roman sort dans 6 jours.

Un tout petit rien, éditions Kero

Ou peut-être que j’ai mal compris.

Après tout, on verra bien lundi.

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