Vue mer

Vous vous souvenez peut-être de mon périple à Fontainebleau, gracieusement offert par Thalasseo.com.

Il se trouve que Thalasseo a encore sévi, me proposant en décembre de repartir en thalasso où je voulais.

Thalasseo.com est un comparateur de thalasso en ligne, pour trouver rapidement celle qu’il vous faut afin de vous détendre, vous relaxer, ou tout simplement éviter un burn-out et un sordide fait divers impliquant des enfants ou un compagnon dans votre région.

Vous remarquerez à ce stade que je suis une blogueuse honnête et intègre, parce que si je m’écoutais, j’ajouterais pour remercier Thalasseo comme il se doit que le site vous garantit aussi des cheveux souples, le retour de l’être aimé, une haleine fraîche au réveil même le dimanche matin, ou encore une rencontre sympa avec une employée de la préfecture.

Continuant sur cette lancée d’intégrité qui me caractérise, je m’en vais vous raconter fidèlement comment s’est déroulé mon séjour.

La thalasso devait avoir lieu de vendredi à samedi, dans un grand hôtel de Perros Guirec, charmante bourgade bretonne où vivent mon frère et sa famille qui nous accueillaient aussi pour quelques jours (même pas en échange d’un billet, c’est vous dire).

Le jeudi, lendemain de notre arrivée, nous sommes allés repérer les lieux, à la recherche du « Grand Hôtel » de Perros Guirec, que j’avais arbitrairement décidé de situer près de la plage. Lors d’une promenade, nous tombâmes effectivement sur le « Grand Hôtel », qui présentait certes certains avantages, comme celui d’être situé les pieds dans l’eau, mais aussi un inconvénient de taille, comme celui d’être fermé.

Alors que nous sympathisions avec un vendeur de crêpes à proximité, je me décidai à lui faire part de ma légère inquiétude :

– Sinon le Grand Hôtel, il ferme toujours le jeudi ?

– Ah non, il est fermé depuis octobre.

– Ah, et donc il rouvre toujours le vendredi 6 décembre ?

– Ah non, il rouvre en avril.

– …

– Vous êtes un peu blanche là, tout va bien ?

– C’est-à-dire qu’on a une réservation pour vendredi.

– Ah donc vous êtes là pour quelques mois, c’est bien de vous y prendre à l’avance.

– Non mais vendredi là. 2013. Décembre. Dans un dodo quoi.

– C’est étonnant, ils sont fermés. Vraiment. Vous êtes un peu verte, vous êtes sure que ça va ?

– Oui ça va. Je suis juste un peu étonnée qu’ils rouvrent juste pour nous quoi. Enfin du coup on va surement être surclassés.

– C’est un peu étonnant en effet. Vous êtes quelqu’un d’important ?

– Pardon ?

– Je veux dire, s’ils rouvrent juste pour vous alors qu’ils sont fermés 6 mois dans l’année, j’imagine que vous êtes quelqu’un d’important ?

– Euh non, enfin oui, enfin je sais pas, « important » c’est très relatif, disons que mes parents me vouent beaucoup d’affection et que j’ai un très bon feeling avec mon caissier de Monoprix.

Sous son regard sceptique je lui ai dit qu’on repasserait lui dire bonjour le lendemain, juste avant de rejoindre la chambre surclassée de l’hôtel qui aura réouvert pour nous.

Puis, dans le doute, j’ai vérifié ma confirmation de réservation dans mes mails.

Ce n’était pas au « Grand Hôtel », mais à L’Agapa, un hôtel 5 étoiles situé un peu en hauteur, avec vue imprenable sur la mer. Je n’avais pas tout à fait tort, c’était effectivement un grand hôtel. Disons juste qu’il y avait UN PIEGE, ce n’était pas son nom. On aurait tout aussi bien pu atterrir au « bon accueil » ou au « Bienvenue », et ça aurait été un sacré gâchis.

Parce qu’en arrivant à l’Agapa, on a vite compris que c’était ce qui se faisait de mieux. On a garé notre véhicule dans un parking tellement classe qu’on s’est demandé si on n’était pas en train de rouler en 806 dans une suite, et si pour la voiture aussi il y aurait une formule petit déjeuner. On a planqué la valise à roulettes Paris Match sous un manteau, et mon mec en a juste extirpé une paire de chaussettes et un caleçon qu’il a glissé dans ses poches de blouson. Comme il y avait déjà sa brosse à dents et un tee-shirt, tout s’est cassé la gueule et en rigolant comme des phoques on s’est dit que s’il y avait des caméras ils devaient bien se marrer.

Un homme est arrivé avec un porte-bagage roulant, à sa demande j’y ai posé mon sac en priant pour que mon mec, à qui il proposait de prendre aussi sa valise, ne vide pas dessus le contenu de ses poches.

A l’accueil on a donné notre nom, en regardant l’écran de contrôle qui donnait sur le 806. Au milieu des voitures de sport il se faisait tout petit, je lui ai fait un coucou discret de la main en lui disant de ne pas s’inquiéter, et que c’était la beauté intérieure qui comptait.

Puis on nous a présenté la chambre, et derrière la nuit qui tombait on devinait le bruit des vagues.

Sitôt seuls dans la chambre, on a fait ce que font tous les gens qui ne sont pas habitués au luxe, on a ricané parce qu’on était impressionnés, on a sauté sur le lit pour vérifier la fermeté du matelas, on s’est demandés ce qu’on pourrait bien mettre au coffre-fort, et on a ouvert le mini-bar en faisant « hiii » et « haaa ».

Alors que je m’apprêtais à twitter quelque chose du genre « Salut les naz, on est à l’Agapa et on a rendez-vous dans quelques minutes pour un soin dans le spa Nuxe », j’ai réalisé que je n’y étais pas seule.

Quatre blogueuses mode influentes notifiaient qu’elles étaient reçues par le même hôtel ce même soir, et se trouvaient donc dans un périmètre de 500 mètres autour de moi.

Et de mon mec, par la même occasion.

Des bombes, accessoirement.

Je lui ai dit que finalement j’avais pas très envie d’aller faire le soin, pendant que me poursuivaient des images de nanas hyper gaulées dans des maillots hyper bien coupés, recouvrant parfaitement leurs corps fermes allongés dans un bain bouillonnant, à proximité immédiate de moi et de l’érection de mon mec.

A sa demande je lui ai montré des photos destinées à éveiller une réaction du type « Mais enfin Chérichou (je vous ai déjà dit que c’est comme ça qu’il m’appelle dans l’intimité ?) tu es tellement plus belle et distinguée », au lieu de ça il a fait « Grrrrmpppppf » en ajoutant « Ah ouais quand même », et avant de partir tous les deux en peignoir et mules assorties je l’ai menacé de déposer son sexe au coffre-fort, histoire qu’il nous serve à quelque chose.

Je passerai sous silence sa remarque sur la taille du coffre, et la mienne sur la place qu’il y avait en revanche pour dormir dans le 806, éventuellement.

Vingt minutes après, ça allait beaucoup mieux, merci. Rien de tel qu’un massage hydraulique allongés sur un matelas rempli d’eau, un sauna, une douche, une longueur et un bain bouillonnant vue sur mer pour resserrer les liens dans le couple.

En rentrant dans la chambre vers 20 heures, nos valises étaient rangées, nos manteaux suspendus dans le placard, les rideaux fermés, et le caleçon qu’il avait jeté par terre délicatement plié sur le lit à côté de ses chaussettes sales. Je me suis dit qu’il y avait vraiment des métiers vocation, en vérifiant qu’on ne m’avait pas aussi détartré les dents pendant mon absence.

Pour le dîner, et bien que la structure dispose d’un restaurant étoilé face à la mer, nous avons choisi de sortir de l’hôtel, c’est qu’on avait envie de se balader et de pouvoir remettre un jour de l’essence dans le 806.

On est partis tous les deux, et en passant par le centre-ville pour descendre jusqu’à la mer, on regardait les maisons vides pour ne pas en perdre une miette. Les volets étaient clos et les pelouses trop hautes, on devinait devant les portails les allées d’herbe aplaties cet été sous les sandales des enfants.

J’imaginais qu’ici, un salon avec une grande table en bois prenait la poussière, et que là dans le bac à douche quelques grains de sable subsistaient de la dernière fois. Il restait sûrement dans les salles de bain un pot de crème tirant sur sa fin, et sur le fil à linge dans le garage le maillot de la dernière baignade.

On a dîné à La Suite, un restaurant sur la plage, et j’ai bu six fois la tasse avec une demi-douzaine d’huîtres. Entre les plats, nos cigarettes sur la terrasse avaient le goût de l’iode et leur grésillement s’inclinait timidement pour écouter la mer gronder.

En retournant vers l’hôtel, à quelques mètres de la plage, on est passés devant un petit portail muni d’un lecteur de carte. Spontanément j’y aurais glissé ma carte bancaire pour voir ce que le passage secret réservait, mais mon mec dont le sens pratique compense largement la valise Paris Match y a introduit la clé électronique de notre chambre d’hôtel. Un petit « clic » nous a confirmé que c’était une bonne idée : un escalier en pierre s’ouvrait devant nous, menant directement à l’entrée luxueuse de l’hôtel.

Sur notre lit nous attendait une carte des formules du petit déjeuner, qu’on a allègrement cochée avant de la suspendre à la porte.

Après une nuit de qualité équivalente à sept nuits normales, je constatai le lendemain que la place à côté de moi était vide, et alors que j’imaginais mon mec dans les bras bronzés et bijoutés de quatre blogueuses mode, le bruit d’un jet d’urine dans la salle de bains venait apaiser mes angoisses.

J’ai appuyé sur le bouton à ma gauche me demandant à quoi il servait, j’étais loin d’imaginer qu’il me déclencherait un orgasme : dans un bruit élégant de froissement, les rideaux face à nous se sont ouverts sur une mer à perte de vue, dans laquelle tourbillonnaient quelques surfeurs et les reflets du soleil.

Je suis restée de longues minutes bouche bée, et je ne l’ai rouverte que pour y porter la tasse de café, le jus d’orange frais, la salade de fruits, les viennoiseries et les œufs brouillés qu’une apparition divine était venue nous apporter.

Sur le plateau reposait aussi un exemplaire du Monde, livré à la demande de mon mec qui réalisait alors un rêve de gosse.

On a rendu la chambre à midi pile pour en profiter jusqu’à la dernière minute, et dans le 806 cahotant on a longé la mer pour rentrer, et puisqu’on n’était pas à un rêve près on s’est promis de s’offrir de retour à Montreuil un bon lit et un sentier menant à la mer.

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