L’escalier

J’ai regardé l’heure, j’en avais deux devant moi avant qu’elle arrive.

Juste assez pour boucler un article et écrire un mail chiant, faire des courses et ranger un peu, aller chercher ma fille, la laver et la mettre en pyjama. J’aime que tout soit fait quand je la vois, comme on aime tout régler avant de se glisser dans les draps. Avoir un truc encombrant en tête en discutant avec elle, c’est comme devoir se relever de son lit pour vérifier que la porte est fermée.

J’ai fini mon article, envoyé le mail chiant, je suis allée chercher ma fille et j’ai acheté quelques conneries à manger et de la levure chimique. J’aurais dû pressentir que quelque chose d’étrange se tramait.

En rentrant je l’ai mélangée avec de la farine, des œufs, du lait et des morceaux de saumon fumé. J’ai enfourné le tout et mis ma fille dans le bain, et pas l’inverse, pendant qu’elle me racontait sa journée j’ai lancé une machine et mis dans le compartiment conçu à cet effet un échantillon hypoallergénique que je venais de trouver.

J’ai reçu un SMS où elle me disait qu’elle arrivait, il était 20 heures à peu près.

Ma fille était excitée que quelqu’un arrive, comme à chaque fois que c’est le cas depuis qu’une copine qui venait à la maison lui a ramené un calendrier de l’Avent. Elle est maintenant persuadée, par associations d’idées, que c’est le 1er décembre chaque fois qu’une amie vient dîner.

Elle n’a pas voulu que je l’aide à sortir de la baignoire, j’ai senti ma ride du lion qui se creusait insidieusement. Je l’ai enroulée dans sa serviette qui ne l’a pas couverte jusqu’aux pieds, et j’ai trouvé que mes mains autour d’elle étaient un peu fripées.

Elle a trouvé son pyjama sous son oreiller, là où elle l’avait laissé, j’ai pensé à la période boutons à pression sous ces bodys tachés de lait.

J’ai reçu un autre SMS pour me dire qu’elle était devant la grille. J’ai réalisé en même temps qu’elle n’avait pas le code et que j’en avais un, pour sécuriser l’accès à la résidence abritant le coquet pavillon de banlieue dans lequel je vivais. J’ai demandé un truc à ma fille et je me suis dirigée vers l’escalier.

J’ai descendu trois marches et je me suis arrêtée.

Ma fille cherchait ses chaussons parce que j’ai peur que pieds nus elle attrape froid, et il y avait dans l’air une odeur de cake de d’adoucissant mêlés.

J’avais quinze ans dans ma tête et chez moi ça sentait la maman.

J’ai pris quinze années de plus dans les huit marches qui suivaient, et quelques-unes encore quand je l’ai vue arriver.

Je lui avais dit de venir juste avec un petit truc à grignoter et je comptais sur ses Chpister, elle tenait dans une main du houmous acheté chez le libanais, et dans l’autre un petit bouquet de fleurs qu’elle m’a tendu en souriant comme si j’avais 30 ans.

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