Marché, chèvre, sodomie et prospectus

Le marché, le dimanche, est un lieu dangereux pour qui, comme moi, a du mal à répondre par la négative aux sollicitations diverses et variées.

Première d’entre elles : les prospectus.

Et prospectussement parlant, je suis une fille facile.

Sans doute les vestiges d’une période où pour payer mes cloppes et mon Biactol, j’avais trouvé un job d’été super cool, qui consistait à me déguiser en téléphone portable et à distribuer des tracts pour une boutique avoisinante. Tracts qui avaient fini, à force de me prendre vents sur vents, dans la boîte aux lettres de ma grand-mère, avoisinante elle aussi.

(Pour la petite histoire je me suis fait griller en flag, mais je voudrais bien vous y voir, vous, déposer discrètement 250 prospectus dans une boîte aux lettres, déguisé en Nokia 3410.)

Depuis, je suis tout à fait respectueuse des hommes qui distribuent des prospectus.

Quitte à en rajouter un petit peu en les remerciant chaleureusement, mais enfin vous êtes sûr que ça vous dérange pas, c’est vrai, je peux même en prendre deux ?, c’est que vous savez j’ai jamais vu d’aussi beaux prospectus, ils sont magnifiques, ça m’émeut presque, vraiment, vous devez être fiers, quelle belle équipe vous formez, et que le grain est tendre, merci, du fond du coeur, merci, je vous aime, bisoux.

Jusque là, je m’aventurais jamais bien loin sur le marché, faut dire que vous imaginez bien que j’étais rapidement un peu chargée.

Et dimanche, j’ai pénétré dans les allées.

Petite inconsciente que je suis.

Les allées d’un marché, ça devrait être interidit aux gens comme moi qui ont du coeur mais pas de ronds.

Ou alors peut-être que dans une autre vie, j’ai aussi distribué du fromage déguisée en Babybel.

Mais vous admettrez quand même que refuser de goûter un fromage, c’est signifier à son commerçant qu’il a une sale gueule (son fromage, pas lui).

Et que refuser d’en acheter, c’est lui signifier qu’il est dégueulasse.

J’en ai donc acheté, une petite part.

– Ca sera tout ?

– Oui, comme il est bon, qu’est ce que vous devez être fier, vraiment votre chèvre et vous vous formez une belle équipe, comment elle s’appelle, Biquette, oh ça alors, mon prénom préféré, cette chèvre ça se sent c’est quelqu’un de bien, vous la remercierez de ma part, du fond du coeur, avec un petit bisou aussi. Combien je vous dois ?

– 34 ma petite dame. 

– Non mais je veux dire en euros. Le prix en euros quoi… lol

– 34 euros, s’il vous plaît. 

– 34 euros… Vous voulez dire, comme 30 +4 ? 

– C’est cela même. 

– C’est énorme. 

– C’est une belle bête. 

– Finalement vous lui ferez plutôt une petite sodomie de ma part. 

– Elevée en plein air. 

– A sec. 

– 20 mois d’affinage. 

– Avec du gravier. 

– Bon appétit. 

– Merci.

 

 Biquette la pute, † 17/04/11 

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