Avec un « s » à « Elles »

Ca fait 22 ans aujourd’hui.

Je me souviens de notre excitation à mon grand frère, ma petite soeur et moi, en rentrant à la maison.

De mon « Alors, elle est où la nouvelle petite soeur ? » lancé sur le seuil de la porte.

Du silence qui a suivi.

Des volets fermés, de mon père assis sur le canapé, et de sa tête qui n’avait rien de celle d’un papa comblé.

De sa voix quand il nous a dit de nous approcher, sur un ton que je ne lui connaissais pas, mais qui me soufflait qu’il fallait bien écouter.

Moi je voulais juste savoir comment elle s’appelait, combien elle pesait et à qui elle ressemblait.

Elle avait un bien joli prénom, mais elle était au ciel. Maman était très triste, et très fatiguée. Il faudrait être courageux, et sages comme des images.

Après il y a eu du silence, une maman qui rentrait les mains vides, et quelques heures après ses larmes qui s’écrasaient sur mon Astrapi quand j’ai eu la délicate idée de lui demander de me lire le reportage sur la maternité.

Il y a eu de la tendresse, de la gentillesse, et des maladresses. De grands qui disaient à Maman que finalement, c’était comme une fausse couche. Et de petits qui me disaient que ça va, je l’avais pas connue, alors elle pouvait pas me manquer.

Ce qui me manquait, c’était des souvenirs avec elle et le sourire de mes parents.

Les 21 mars qui ont suivis ont eu un goût de premier jour de Printemps fanné.

Il faut dire qu’elle avait eu la drôle d’idée, pour son passage éclair, de choisir la date d’anniversaire de notre Maman.

Pendant longtemps, on ne lui a pas souhaité.

Puis peu à peu, la vie a repris ses droits, et une autre petite soeur a même accepté de rejoindre le clan.

Maman a récupéré assez de courage pour qu’on lui souhaite son anniversaire, et assez de souffle pour éteindre ses bougies.

Aujourd’hui, je l’ai appelée, elle avait du sourire dans la voix et elle m’a même dit en riant qu’elle avait déjà reçu 42 messages, dont 39 de Ventes Privées, Eurodif et Damart.

Maintenant, le 21 mars, on lève notre coupe, on rigole, on chante faux, et on offre des cadeaux à notre Maman du Printemps. Les baisers et les regards sont juste un peu plus appuyés, et quand on trinque elle sait sans qu’on lui dise qu’on pense à elle avec un « s ».

Voilà, c’était l’histoire d’une vieille grande fleur et d’une étoile filante.

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