Game over

Je suis toujours un peu étonnée de l’acharnement que mettent certaines vendeuses à me refourguer leur carte de fidélité. Comme si leur vie en dépendait.

Et par l’acharnement que je déploie en réponse pour les en dissuader. Comme si ma vie en dépendait.

En fait, plus que de vie c’est d’honneur dont il s’agit. Car je ne peux pas m’empêcher de penser que s’engage dans ces joutes verbales un bras de fer violent à la sauce mielleuse, aux sourire polis, sur fond de musique d’ambiance de supermarché.

Un cocktail rose bonbon qui ne dissimule qu’à moitié la haine et la volonté réciproque d’avoir le dernier mot.

Systématiquement, la situation donne lieu à un combat verbal sanglant  où tous les coups sont permis, et tous les arguments déployés. Pas plus tard que vendredi, alors que je réglais mes achats :

– Je vous donne notre petite carte de fidélité ?

– Non merci.

– Elle est gratuite.

(Manquerait plus qu’elle soit payante, tu veux pas que je te fasse les vitres aussi ?) Non mais en fait je n’ai pas le temps.

– Elle est immédiate. Tenez.

– Oui mais non en fait, ça ne sert à rien, je les oublie tout le temps.

– Grâce à notre système informatique, votre nom nous suffit

(lui aussi je l’oublie tout le temps.) Merci mais je ne viens vraiment pas souvent.

– Pas de souci, notre carte est valable à vie (et transmissible de mères en filles sur 7 générations)

– Non, en fait je ne viens JAMAIS. Je ne suis pas d’ici.

– Pas d’inquiétude, nous disposons de 250 points de vente partout en France.

– Pour être sincère, je ne fais jamais de shopping.

– Elle est valable également sur notre site Internet.

– Je n’ai pas Internet.

– Vous avez de la chance, grâce à cette carte vous avez accès à notre hotline qui vous accueille tous les jours de 7h à 23h pour réaliser à distance et par téléphone tous vos achats.

– Ta gueule.

– J’ai gagné sale pute.

J’ai eu beau repartir sans la carte, je crois bien qu’à la guerre des arguments, Christelle, vendeuse en parfumerie, a encore gagné.

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