Dans tes rêves

Je fais des rêves étranges. 

A croire qu’il y a des substances illicites dans ma tisane verveine « Nuit calme ». J’imagine l’effet du truc s’il me venait à l’idée de fumer le sachet. 

Bon j’en suis pas encore au point de mon ami Geff, qui rêve qu’il fait l’amour avec un porte-clé en forme de vagin. (pratique, discret, fonctionnel, élégant)

Mais quand même. Un jour par exemple, j’ai rêvé que j’étais enceinte et qu’on me demandait si j’attendais une petite fille ou un petit garçon. Je répondais que c’était un petit cerf, et alors qu’on s’inquiétait, le plus naturellement du monde, de savoir si je n’étais pas trop déçue, je répondais, non moins naturellement, que j’aurais préféré une petite fille mais qu’un petit cerf c’était sympa aussi. 

Plus récemment, j’ai rêvé que je me faisais draguer par Yvan Attal. Jusque-là, ça va à peu près.

Sauf que la scène avait lieu lors d’une conférence juive sur la grammaire. 

Et que ladite conférence se déroulait à Roland Garros. 

Mais comme me précisait à la suite de mon récit un ami de mon ami Geff – à croire qu’ils boivent la même tisane – Yvan Attal est en effet particulièrement friand de ce genre de colloques, qui se tient un an sur deux sur le cours Suzanne-Lenglen.

Puis cette nuit, j’ai rêvé que je me rencontrais petite. En gros, j’étais dans la rue, je vois une petite fille,et là je me reconnais et je m’exclae : « Non ! C’est moi petite ! » Alors évidemment je suis allée me saluer, en disant que je pensais vraiment pas me croiser là et que c’était un sacré hasard. Moi petite avait pas l’air particulièrement impressionnée, en fait elle ne m’a pas vraiment reconnue, normal elle m’avait encore jamais vue, contrairement à moi grande qui m’avait fréquentée petite pendant quelques années.

Vous me suivez ? 

On a discuté ensemble, dans ma main de moi petite j’avais mon doudou de l’époque, une couche en plastique que j’ai passé des heures à rechercher sur Google depuis, en vain. J’ai demandé à moi petite de le sentir, juste une fois. Puis je me suis demandé comment j’allais, où j’en étais dans la vie. 

Je me suis testée en posant des questions du genre « t’habites où ? », « t’as combien de frères et soeurs », pour vérifier que je n’avais pas affaire à un mini imposteur en forme de moi petite.

Tout était incroyablement cohérent, j’avais 7 ans, deux dents en moins, un frère et une soeur, l’autre n’allait pas tarder à naître. 

Je me suis demandée si ça allait bien à l’école, je me suis entendue répondre que oui, mais que j’allais en changer à la rentrée. 

Je me suis dit que t’inquiète pas, ça allait bien se passer.Et je me suis rappelée qu’à cette rentrée, je rencontrerai celle qui deviendrait ma meilleure amie et la marraine de ma fille. Alors ma voix s’est cassée en me disant tout doucement « Tu vas voir, tu vas rencontrer des gens supers ».

Au début, je ne voulais pas avouer à moi petite qui j’étais, j’avais peur qu’elle me prenne pour une folle, et je me disais que peut-être elle n’avait pas envie de voir ce qu’elle donnerait plus tard; puis finalement je lui ai expliqué. Que j’étais celle qu’elle deviendrait, et qu’elle était celle que j’étais.

Elle a souri un peu en coin, je crois qu’elle me croyait pas vraiment.

Alors je me suis mise à son niveau, je l’ai regardée dans les yeux et je lui ai dit :

« Tu as un tourne-disque fischer price gris et rouge dans lequel tu écoutes en boucle le disque d’Alain Souchon, et ça te fait rigoler parce que quand tu appuies sur le bouton des minis-disques, il se met à chanter super vite. Sur ton papier peint il y a des petit graffitis de dessinés, et le soir tu as souvent du mal à t’endormir parce que tu te sens coupable, mais tu sais pas vraiment de quoi. En ce moment, tes parents sont souvent un peu tristes alors tu essayes d’être très très gaie, comme ça au pire tu les embêtes pas, au mieux tu les fais rire. Tu es amoureuse d’Arnaud de l’école parce qu’il court super vite et qu’il a les cheveux blonds, et plus tard tu voudrais être libraire. »

Moi petite m’a regardée avec des grands yeux, et elle m’a dit « oui ».

Alors je me suis dit que c’était le moment ou jamais de lui donner un conseil, une mise en garde, quelque chose pour qu’elle grandisse jusqu’à devenir moi, sans passer par ce que j’aurais voulu éviter. 

J’ai réfléchi longtemps, et j’ai pensé à lui dire de se méfier des armoires normandes chez son copain Nico, parce qu’un jour elle se ferait agresser par l’une d’elles. Mais j’ai regardé son front et j’ai constaté tout en remettant les dates dans l’ordre que le mal était déjà fait.

Alors j’ai cherché, encore.

En me demandant ce que je ferais de plus ou de moins si je devais recommencer ma vie à partir de mes 7 ans. 

Et je n’ai rien trouvé. 

Pas un détail du scénario que j’aurais voulu changer, pour la préserver. 

Juste l’envie de le lui souhaiter bonne route, de lui dire de profiter, de s’amuser, de se planter aussi, parce qu’elle avait bien le droit. 

Moi petite était retournée jouer, bien loin des préoccupations de moi grande. 

Je lui ai fait un signe de la main et elle m’a envoyé un bisou.

En me réveillant je me suis dit que j’avais de la chance de n’avoir rien à regretter. Et que cette petite fille, j’espérais bien la recroiser. 

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