Souviens-toi l’été dernier

Ce message s’adresse à celui d’entre vous qui a voulu pourrir mes vacances.

Je sais, un mois sans moi, c’est long.

Je sais, aux grand maux les grands moyens, et pour me faire revenir, tu étais prêt à tout.

Mais quand même, si je peux me permettre, t’as poussé le bouchon un peu loin.

Le coup du bruissement de feuilles suspect pendant qu’on prenait tranquillement l’apéro, c’était petit.

Parce que tu ne le sais peut-être pas, mais 2 jours avant de partir, on avait appris dans les journaux qu’un homme venait de se faire couper une phalange par 2 jeunes hommes qui voulaient lui piquer son argent, dans le bled de 150 habitants qui abritait notre location.

Ce qui nous faisait une chance sur 75 que ça soit l’un d’eux qui venait nous rejoindre pour trinquer à nos 9 doigts.

Alors forcément, ce bruit incongru dans le buisson, ça a jeté un petit froid.

Le sanglier de 300 kilos qui en est sorti brusquement en poussant un horrible « Gruuuik » (je t’avais prévenu, c’était horrible), aussi.

Ca a jeté un vide, surtout.

En 4 secondes, tout le monde était rentré dans la maison.

Sauf moi, qui après m’être explosé violemment le genou contre le banc, n’a pu que constater que dans les situations périlleuses, on ne savait jamais de quoi les autres étaient capables. Comme par exemple vérouiller les portes une fois à l’abri, quand toi et ton genou boitait encore pour tenter de s’y mettre.

Heureusement qu’ils ne sont pas nés en 17 à Leindenstadt, si tu préfères mieux.

Puis si tu veux tout savoir, t’as même été à deux doigts (ou un, c’est selon) de réussir à me faire revenir parce que dans l’affaire, on a quand même failli perdre mon père, ce qui aurait bien justifié un petit rapatriement.

Sauf que c’est de derrière les barreaux que je t’aurais écrit, inculpée pour homicide involontaire.

Et j’aurais pu expliquer longtemps qu’il avait qu’à pas, une heure après, pousser des « gruiks » tapi dans un buisson pour me faire flipper, que je pouvais pas savoir qu’en l’aspergeant courageusement de Coca alors que j’étais moi-même cachée en hauteur, je provoquerai sa peur et sa fuite dans des « Aaaaaah » beaucoup plus aigus mais aussi terrifiants, que je pouvais pas savoir non plus que dans la panique, il se dirigerait spontanément vers le bord de la falaise qui longeait la maison.

Une aubaine pour toi (et pour moi) (et pour lui) qu’il y ait eu un arbuste planté juste devant pour freiner sa course et recueillir son corps désarticulé et tremblant.

Ca ne t’a pas suffi, et il t’a fallu en rajouter une couche, pendant un déjeuner paisible sous un grand chêne.

Ca sentait méchamment l’orage, et l’un de nos hôtes qui se voulait rassurant (rapport peut être au fait qu’un mois avant, les intempéries avaient fait 29 morts à quelques kilomètres de là), nous avait assuré qu’il n’y avait pas de danger.

Sa phrase a été ponctuée par une violente détonation qui s’apparentait fortement à de la foudre qui serait tombé à 4 mètres de nous.

On a tous eu le réflexe utile de fermer les yeux, croyant sans doute ainsi que l’orage pourrait pas nous voir. Quand on les a rouverts, à la recherche du regard rassurant dudit hôte, son visage était blême et de son crâne à son menton coulait en de multiples trajectoires un liquide rougeâtre.

On a bien cru qu’on l’avait perdu lui aussi, et on s’est tous regardés en se demandant s’il valait mieux cacher le corps ou pas. Une aubaine pour toi (et pour lui), il s’était juste, sous le coup de la surprise, envoyé le contenu de son verre de Bordeaux à la tronche.

Puis, voyant que je ne revenais toujours pas, tu as joué ta dernière carte.

Celle de l’épidémie.

Foudroyante, et frappant chacun des habitants dans un enchaînement morbide et précis : chute brutale de l’un, le clouant au lit (ou aux chiottes, selon l’heure), résurrection aussi soudaine et strictement simultanée (à 10 minutes près) de la chute soudaine du suivant.

L’avantage, tu me diras, c’est qu’il y avait pas la queue aux cabinets.

L’inconvénient, c’est que ces derniers n’ont pas eu un instant de répit. Vie de chiottes quand même. Mais après tout, chacun sa merde.

Sur cet enchaînement de grossièretés scatophiles digne d’un marmot de 3 ans et demi (poil au zizi), je conclurais en te disant que tes tentatives de nous brouiller les uns contre les autres (mais surtout moi avec les autres) auraient presque pu te faire triompher.

T’as juste eu l’air d’oublier qu’on avait beau s’aimer mal, on s’aimait surtout tout court.

Je rentre donc plus bronzée, reposée, et apaisée que jamais. Et t’as vu, je suis pas rancunière, je te ponds même un grand billet.

Kmille, en mode bonne-joueuse

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