Le charme, ça s’explique pas (parfois)

Je suis persuadée qu’il y a des jours, plus que d’autres, où on est bourré de charme. 

C’est comme la trique la mauvaise haleine le moral, il y a des matins avec, et des matins sans. 

Ce matin-là, c’était un matin avec. 

Je dis pas ça pour me la péter, hein, il n’y avait qu’à voir les regards qu’on me lançait, alors que je m’apprêtais à aller boire mon café. 

Non, je le dis sans vanité déplacée, il y a des jours, plus que d’autres, où on est bourré de charme.

Il faut dire que j’avais un atout de taille. Un body tout neuf, ultra moulant et décolleté juste comme il faut. Avec des pressions à l’entrejambe, je vous rassure. Il faut souffrir pour être belle mais pas de là à se pisser dessus faute d’avoir eu le temps de retirer ses pompes et son pantalon pour s’extraire de son body.

Puis je sais pas pour vous, mais moi les vêtements neufs ça me donne souvent un charme fou. L’impression d’en avoir, en tout cas. C’est d’autant plus con comme impression que personne ne sait qu’ils sont neufs, sauf si vous avez laissé l’étiquette, et que ça passe dès le deuxième essayage alors qu’ils sont toujours aussi neufs. 

Bref, ce matin-là; dans les regards insistants et appuyés des passants, je me suis dit que, body ou pas, il y a des jours, plus que d’autres, où on est bourré de charme. 

Gonflée de ma nouvelle assurance, j’ai marché tout comme ils conseillent dans les magazines féminins, avec la tête et les épaules droites comme si un fil invisible nous tenait du ciel, et en suivant des mes pieds une ligne imaginaire. (Si t’as pas compris cette phrase c’est qu’il faut que tu passes au Picsou Magazine ou que je me relise plus souvent)

En passant devant deux jeunes debout près d’un café, j’ai pris l’air indifférent de celles qui savent qu’elles ne rendent personne indifférent, mais ça ne m’a pas empêché de le voir, le plus petit, donner un coup de coude à son pote en me montrant d’un mouvement de tête.

Et je les ai bien entendus, les cinq autres, devant la boulangerie, émettre un rire gras au moment où je les dépassais, mon pain sous le bras. J’ai imaginé des « J’y mettrais bien ma grosse baguette » ou autres « J’ai goûterais bien les petites chouquettes » du meilleur goût.

Mais je ne leur ai pas tenu rigueur de leur vulgarité. Que voulez-vous, il faut savoir s’adapter à son public et assumer qu’il y a des jours, plus que d’autres, où on est bourré de charme. 

En m’asseyant en terrasse pour boire un café, je remarquais que les regards s’espaçaient. J’en conclut que ma démarche de reine y était pour beaucoup et, en souriant intérieurement, que décidément les hommes n’en voulaient qu’à mon cul corps de rêve.

J’en profitais pour faire un détour d’une demi-heure crochet jusqu’à la boutique tenue par le bel homme qui, cette fois j’en étais sure, me regarderait enfin.

Ca n’a pas loupé, et en m’apercevant, il a eu l’air surpris. Comme s’il découvrait d’un coup la femme fatale qui sommeillait en moi. Un peu comme la moche qui devient belle le soir du gala de fin d’année, quoi. 

Sans un regard, je l’ai dépassé, sentant ses yeux glisser sur moi et bénissant intérieurement le fait qu’il y ait des jours, plus que d’autres, où on est bourré de charme. 

De retour chez moi, je me suis regardée dans dans la glace, et je me suis dit qu’en effet, il y a des jours, plus que d’autres, où on est bourré de charme. 

Et qu’il y en a d’autres où on a juste oublié de remettre les putains de pressions de notre putain de body, et que ça nous forme comme une vieux string qui pend de chaque côté du jean. 

Kmille, en mode-BDM-(Body-De-Merde)

%d blogueurs aiment cette page :