Il fait bon travailler avec moi

Parmi les choses que je ne sais pas faire, il y en a une que je ne sais pas du tout faire. C’est négocier.

Ca me vient de loin, et ça m’a valu un de mes premiers traumatismes. J’avais sept ans et demi.

On avait passé des heures avec ma copine Manouche à préparer une foire à tout. Faire une foire à tout, pour vous donner une idée, c’était de l’ordre du rêve au même titre que réussir à voler, embrasser un garçon avec la langue qui tourne ou camper une semaine dans le jardin.

Alors pendant six mois, on a rempli des pots de pâte à modeler -vides, hein, on était pas des buses quand même- de perles, des boîtes à chaussures de feutres, des cartons d’habits de poupée et des sacs d’affaires Barbie. On avait même préparé des étiquettes avec les prix et un carnet de compte, avec une case pour elle et une case pour moi.

Le jour J, j’ai étalé mon butin sur une nappe en tissu, entre la bouilloire de ma mère, la boîte à outils de mon père, les livres dont vous êtes le héros de mon frère, et les trois cubes en plastique de ma soeur.

Au bout d’une demie heure, il y a un homme qui s’est pointé et qui m’a demandé combien « ça » coutait. « Ca », comme il disait, c’était seuement toute ma vie. Un lot de Barbies ramené des Etats-Unis par mon parrain. Avec l’avion, la voiture, la boutique de glaces, la piscine, le transat, les enfants et les Kens parce que quand on est une barbie et qu’on a un avion, une voiture, une boutique de glaces, une piscine et un transat, autant vous dire qu’on va pas se faire chier avec un seul mari.

J’ai regardé dans mon cahier de comptes : « ça » valait 300 francs, le tout. Mais réclamer ça se faisait pas, c’est ma maman qui me l’avait dit.

– Comme vous voulez.

Il voulait 50 francs. Je l’ai remercié comme s’il m’avait sauvé de la noyade, et il est reparti avec mon sac. Et un peu de mon insouciance. Pleure pas, c’est que le début.

Une heure après, je suis allée faire un tour. Il avait installé MES barbies sur SA nappe à lui, avec une petite étiquette : le lot pour 200 francs.

Plus tard, ça s’est pas vramient arrangé. Puisque j’avais travaillé 6 mois pour me faire 50 francs et que de toute façon j’avais plus de barbies à vendre, j’ai commencé à faire du babby-sitting.

Et systématiquement, au moment où on voulait me payer, l’enfant martyr en moi la ramenait une fois de plus pour sortir une énorme connerie du genre :

– « Non non c’est pas la peine, vraiment, ça me gène.
– gné ? Mais vous avez travaillé quand même.
– Oui mais non, ils ont été vraiment sages. »

Et ça, c’est une raison qu’elle est bonne. C’est bien connu, une babby-sitter ne mérite d’être payée que si elle a eu la chance de se faire violer en groupe par les marmots.

A force d’insistance, je finissais par accepter. En proposant d’arrondir à 10 quand on m’en devait 32.

Plus tard, dans le boulot, j’ai fini par accepter mon salaire. Si si, je vous jure. Avec l’envie d’envoyer un carton de macarons à mon boss à chaque bulletin de salaire, mais quand même.

Il me reste juste un petit problème avec la négociation. Il paraît que ça se fait. Que même ça fait valoir ses compétences. Moi j’ai plutôt tendance à la jouer comme le jour où j’ai dû vendre mon ciao :
« – Combien vous me le vendez ?
– J’aimerai bien 800 puisque je l’ai payé ce prix-là il y a deux jours mais à 600 je vous le vends quand même. »

Je vous laisse deviner à combien il est parti.

Aujourd’hui, j’ai vraiment acquis en confiance et en sens du business. Ca donne ça, à peu de choses près.

–  » Et pour ce travail combien vous nous demanderiez ?
Euh et bien 250 ça serait bien vu le temps que je vais y passer mais bon à la limite 100 c’est pas mal non plus enfin bon je dis ça je dis rien je sais pas trop… Je vous laisse voir quoi…

Voilà voilà, comme ça je suis grillée auprès de mes futurs employeurs et prise pour une mythomane par ceux auprès de qui j’ai négocié, une fois.

Kmille, en mode mais-qu’est-ce-qu’-on-ferait-pas-pour-ses-lecteurs

PS : vieille crapule de la foire à tout, si tu lis ce billet, c’est vraiment moche ce que t’as fait.

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