On my own (toute seule, in english)

J’avais entendu une fois, de la bouche d’une nana qui souffrait d’agoraphobie, que les gens capables d’aller prendre un café tout seul en terrasse ne savaient pas la chance qu’ils avaient.

Je sais la chance que j’ai parce que les cafés toute seule, c’est ceux que je préfère.

Quand je vous dis que je suis super indépendante maxi libérée grave tendance trop cool la meuf je vous mens pas. D’aileurs c’est simple je sais TOUT faire toute seule.

Prendre un café en terrasse donc, voire même un jus de goyave, me promener, faire du shopping, faire mes lacets, aller au resto, aller voir une expo…

J’avais juste un dernier petit blocage, c’était d’aller au cinéma en solo. D’ailleurs, jusqu’il y a cinq jours, je m’étais toujours dit qu’il fallait tomber bien bas pour se pointer seule pour voir un film, et j’avais toujours eu envie d’adopter les gens sans voisins de siège. Je leur adressais un petit sourire en espérant que ça mettrait un peu de joie dans leur vie de merde, et qu’avant de se coucher seul en mangeant leur pâté pour chat, ils repenseraient à moi et ça leur donnerait du courage pour affronter leur nuit sans rêve.

Je sais pas, pour moi c’était un peu comme se faire des guilis tout seul. Ca n’avait pas d’intérêt quoi.

Puis mardi je me suis rendue compte que ça avait un intérêt certain, c’était celui de pouvoir aller voir un film sans avoir à trouver quelqu’un de disponible à 15h30 un mardi.

J’y suis donc allée. Seule.

Et bah franchement, trop facile. D’ailleurs j’étais pas la seule à être seule. Il y a même une seule qui s’est assise à côté de moi.

Ca devait pas être la première fois qu’elle y allait seule, car elle avait déjà franchi une étape, et pas des moindres. Rire. Devant tout le monde. Mais seule. Sans chercher du regard un sourire approbateur de son voisin de siège.

Moi je suis pas encore bien à l’aise avec ça. Et puis je sentais qu’elle guettait mon rire alors ça me bloquait.

En plus, on riait pas du tout des mêmes choses. La demoiselle gloussait dès que deux homos s’embrassaient. C’était un film sur l’homoparentalité. Elle a donc beaucoup ri.

Il y a juste eu un moment où j’ai beaucoup moins ri. C’était vers 16h10, quand ça faisait 4h10 que j’avais mangé. Et que j’avais tellement la dalle que j’aurais bouffé le siège de devant. De mon ventre s’est échappé un bruit sourd et clair à la fois. Et long. Très long. Long comme un gaz longuement retenu. Sauf que ça n’en était pas un.

Là, j’aurais tout donné pour avoir quelqu’un à mes côtés. Peu importe, un ami, une amie, un chien ou une loutre, mais quelqu’un pour lui dire assez fort pour que l’autre entende : « j’ai la dalle t’as entendu le bruit de ventre que je viens de faire ?! »

Parce que là, la seule solution que je voyais était de lui dire : « excusez moi, on dirait que j’ai pété mais en fait non c’est juste un bruit de ventre. » Et je sais pas pourquoi mais je l’ai pas bien senti, sur le coup.

Je l’ai laissé à ses croyances ridicules et j’ai attendu patiemment que le film se termine pour sortir avant que la lumière ne s’allume.

En fait c’était tellement facile que le lendemain j’ai remis ça. Et cette fois, je crois que c’était la bonne. J’ai pas pu me retenir de rire, et encore moins de pleurer.

Du début à la fin, je pleurais de rire et je pleurais tout court. J’avais l’impression que j’étais seule dans la salle, et que c’était normal parce que ce film était écrit pour moi. Ca vous fait jamais cette impression, à vous, parfois, que ce que vous voyez ou que vous entendez, c’est vous ?

Ce film, c’était Le premier jour du reste de ta vie.

J’en suis sortie rassurée de savoir que toutes les familles étaient névrosées. Et convaincue que désormais, la seule chose que je savais pas faire toute seule, c’était me gratter le dos.

kmille, en mode et-porter-un-piano-aussi-mais-ça-sert-à-rien-de-chercher-la-petite-bête

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