En vrai je suis juste éleveuse de tomates

J’ai l’impression d’avoir accouché. D’une tribu de gnous ou d’une famille nombreuse ou même d’une famille nombreuse qui habiterait avec une tribu de gnous et que j’aurais en gestation depuis 19 mois et 23 jours environ.

Je suis drôlement soulagée, en quelque sorte.

Je viens de finir l’interview d’un grand homme de la psychiatrie, que je devais faire pour un non moins grand magazine de gonzesses.

J’avais grandement les boules. Et grandement l’impression depuis trois jours que j’allais mourir d’angoisse.

C’est long trois jours quand on croit qu’on va mourir d’angoisse. Et c’est con aussi, d’avoir cette impression pendant trois jours.

Mais rassurez-vous, je tiens le coupable.

De l’Imposteur. Syndrôme de L’Imposteur.

Ne vous y trompez pas, il n’a de noble que la particule. Parce qu’à côté de ça, c’est plutôt une sale raclure de bidet.

Son kiffe à lui, c’est de venir me parler à l’oreille. Et pas que pour me souhaiter un bon 14 juillet. En général, il me susurre plutôt que je suis pas à ma place. Pire même, que je l’ai volée, ma place.

Une fois il s’est incrusté entre mon mec et moi, mais il n’a pas fait long feu. Le mec non plus, vous me direz.

Mais depuis, ce qu’il préfère, c’est venir me mettre le doute dans mon travail. Puis si vous le voulez bien, je vais arrêter de parler de lui comme ça, ça fait un peu névrosée quand même.

Or, c’est bien connu, je ne suis que légèreté, dérision et gambadages dans les champs sans me rétamer moi, contrairement à cette abrutie de Carrie Ingalls.

Je disais donc tagada pouet pouet voyez bonnes gens comme j’arrive à distiller une dose d’humour même dans les sujets graves, il commence à me courrir un peu, le petit.

Ca vous fait pas ça, à vous ? L’impression que vous êtes arrivés dans votre travail un peu par hasard et beaucoup par chance, et que parmi vos collègues de bureau, d’ascenceur et de cantine, vous êtes un peu l’exception ? Celui ou celle qui ne devrait pas avoir ce job, dans l’ordre logique des choses, et qui a pour seul mérite d’avoir réussi à tromper son monde ?

Le problème avec ce symptôme, c’est qu’il vous rend insensible aux compliments et vulnérable aux critiques.

Vous prenez les remarques de plein fouet avec la désagréable impression que « ça y est, vous êtes démasquée ». Et quand on vous fait un compliment, vous ne le recevez qu’à moitié. Les gratifications n’ont pas de poids puisqu’elles ne sont qu’un coup de la chance. Et qu’on aille pas vous dire que « tu vois, tu n’es pas un imposteur », parce que c’est simplement qu’on ne vous a pas encore démasqué.

Alors forcément, chaque évènement devient une mise à l’épreuve. Avec l’objectif de pas faire tomber le masque, et de continuer à jouer le jeu. En croisant très fort les doigts et les orteilles pour que « ça » marche, encore un peu.

Je crois que ce matin ça a été, et que ça devrait encore marcher, encore un peu.

kmille en mode, sinon ça va bien, merci

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