Et sinon tu fais quoi dans la vie ?

Elle m’a toujours fait un peu marrer cette phrase. Elle intervient en général peu de temps après la rencontre. Au mieux, après quelques « pouet-pouet-ries » d’usage en guise de première approche, au pire sans.

C’est pas vraiment une question con, dans la mesure où la réponse est variable.

Son problème à cette phrase, c’est que c’est une question brise-glace, et que tout le monde le sait.

Celui qui la pose, celui qui y répond, tout le monde sait bien que ça serait un peu comme de dire : « salut, je suis gentil et je m’intéresse aux autres, alors je m’en vais de ce pas briser la glace de l’inconnu entre nous en te demandant ce que tu fais dans la vie, parce que je ne vois pas ce que je pourrai te demander d’autre, là, tout de suite, maintenant. Je compte sur toi pour avoir l’amabilité de me répondre. Promis, je prendrai alors un air intéressé et j’attendrai que tu ais fini pour que te répondre à mon tour. »

Sauf que tout ça c’est long à dire, alors du coup on fait l’impasse dessus en disant juste « et sinon tu fais quoi dans la vie », mais l’idée est là, quand même.

Il y a un jour un mec qui a dû décréter que ça serait celle-là la question. Lui, déjà, il a pas du penser aux chômeurs.

– Tu fais quoi dans la vie ?
– Bah rien pour l’instant. Et toi ?
– Rien non plus.
– Ah d’accord…
– …
– … Vous revoulez un peu de vin ?…

Depuis quand on définit un être par la façon dont il gagne son pain ? Parce qu’il y a d’autres façons de cerner les gens quand même. Et bien plus efficaces.

Pourquoi c’est ça qui a été décrété, et pas « bonjour, si tu étais un animal, lequel serais-tu ? »

Je sais pas moi, si je demande à quelqu’un que je rencontre dans quel animal il se reconnaît ça m’en dit plus sur le bonhomme que s’il m’explique qu’il est conseiller en gestion de patrimoines ou ingénieur informaticien.

Il paraît qu’aux Etats-Unis, les conventions sont pas les mêmes à ce niveau-là. Il paraitrait même que là-bas, si vous vous retrouvez bêtement à table avec un inconnu parce que votre pote en commun est allé aux toilettes le bougre, celui qui est face à vous pourrait vous demander pour rompre le silence pesant que vous avez laissé s’installer : « Et sinon, quel est le jour férié que tu préfères ? ». Ou « Quel est le membre de ta famille avec qui tu t’entends le moins bien ? ». Je vous jure c’est vrai. Déjà que les ricains ils me faisaient peur. Là faut quand même pas pousser mémé dans les orties.

J’ai pas trouvé la parade. Du coup je la pose souvent cette question. Et souvent deux fois à la même personne. En fait c’est ça le vrai problème. C’est qu’une fois sur deux, dix minutes après, tu t’en souviens pas de la réponse. Et que l’autre fois sur deux, t’as rien compris.

Mais comme la conversation ne peut pas décemment s’achever sur un minable :
« Tu fais quoi dans la vie ? »
« Je conçois des process book à destination des N+1 et du knowledge management »
« Ah ok. »

… t’es obligée de relever. Tu te débrouilles, mais tu relèves. De façon plus ou moins intelligente, mais tu relèves. Et de toute façon, c’est l’intention qui compte.

En général, les gens dans ces cas-là ils arrivent à trouver plein de points communs. Par exemple si t’expliques que tu travailles dans le contrôle de respect des normes de sécurité des produits pharmaceutiques à Paris », celui à qui tu parles il va te dire : « Aaaaah mais excellent j’ai une tante qui est pharmacienne à Toulon. Tu la connais peut être ? » Un peu que je la connais surement, puis peut être aussi son frère qui est vétérinaire parce que dans le milieu paramédical c’est un peu comme dans le showbiz tout le monde se connaît !

Et si par malheur il trouve pas de point commun, il va se dépatouiller comme il peut.
Ca peut donner :
– Je travaille dans la gestion du personnel pour une entreprise de construction. »
Et merde, putain, je connais pas de gestionnaire, je connais pas de personnel… – « Ah d’accord ! C’est marrant ça ! Et c’est ton entreprise qui a constuit le bâtiment dans lequel tu bosses ? Ou alors vous loué les locaux ? Et vous avez une cantine ? Ah c’est sympa les cantines. »

Mais pour celui qui répond, faut pas croire, c’est pas facile non plus. J’ai toujours eu du mal à répondre à la question.

Du coup à chaque fois qu’on me demande « qu’est ce que tu fais dans la vie ? », je réponds « beaucoup d’erreurs ». Ce qui n’est pas faux non plus.

Et quand les gens restent malgré tout, et qu’ils réitèrent, j’ai du mal.

Quand j’étais à la fac, je bossais dans un magasin de fringues pour femmes rondes très grosses. Je sais pas pourquoi je commençais toujours par dire ça avant de dire qu’en plus je faisais des études de droit. Alors qu’en théorie c’était plutôt l’inverse.

Quand j’étais en école de communication, j’aimais pas dire que « j’étais dans la com ». Peut être que j’assumais pas.

Quand j’ai commencé à bosser, j’arrivais toujours pas à répondre. Pour la raison inverse cette fois. Parce que j’étais tellement heureuse que ça en aurait presque été indécent de dire « je suis journaliste ». Et je trouvais que ça faisait péteuse. Surtout quand je poursuivais en disant « dans la presse féminine ».
Du coup je disais « je rédige des articles et après je les vends à des employeurs afin qu’ils me rétribuent une somme d’argent qui me permet de me nourrir et de payer mon humble logement. »

Mais c’était en plus compliqué que ça. Jusqu’au jour où ma soeur m’a dit qu’on comprenait rien, et qu’être journaliste c’était pas une maladie, et que ça serait quand même vachement plus simple si je le disais comme tel. Maintenant je le dis.

En fait, je suis en train de tourner autour du pot. Parce que tout ça c’est pour vous dire autre chose. Pour vous dire qu’à partir de il y a 15 jours environ, j’adore quand on me demande ce que je fais dans la vie.

Parce que depuis il y a 15 jours, je ne dis plus : « je suis journaliste ».

Depuis il y a 15 jours, je dis : « je suis journaliste et auteur ».

Et ça, ça pète. Pour ne pas dire que ça déchire sa race.

Et en plus c’est vrai.

Vous l’aurez compris, ou alors il est grand temps que vous partiez en w-e, il y a 15 jours j’ai signé mon premier contrat avec une maison d’édition. Pour écrire un livre. (oui parce que si c’était pour faire le café je dirai pas que je suis auteur).

Oui, rien que ça. Et depuis 15 jours, je me la pète. Mais surtout je suis hyper contente.

C’est pas un roman hein, on va pas s’enflammer. Oui mais quand même. J’en rêvais, et j’y suis. C’est un guide pratique, mais du genre marrant, et j’ai le droit d’y glisser autant de blagounettes que je veux.

Ca parle d’amour (entre autre) alors moi j’aime.

Je vous en dis pas plus, pour que vous soyez tellement assoiffés de doutes que vous en achetiez plein quand il va sortir. Vous avez encore le temps, hein, en mettant un peu de sous de côté jusqu’à la sortie vous pourrez même en acheter 200 chacun.

Mais comme je suis pas cruelle et pas peu fière, je vous montre quand même les premiers titres de la collection, auquel mon mien appartiendra.

                                        


Ah oui et je sais plus si je vous l’ai dit, mais sinon dans la vie, je suis journaliste et auteur.

Maintenant que j’ai une vie de dingue, je pars en w-e prolongé aussi. Je décolle ce soir pour l’île d’Oléron, et je ne reviens que dimanche.

Je vous embrasse les amis

Kmille, en mode I’m-Happy

Edit de quelques minutes après : suite au commentaire d’Elizzz, sachez que pour plus d’infos, rendez-vous sur www.letudiante.fr. Vous pourrez même peut être gagner un livre et garder ainsi vos sous pour le mien.

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