Oui mais moi c’est plus pire

J’aime pas les hiérarchies dans la souffrance.
Les gens (dont je fais certainement partie) ont tendance à croire que pour eux c’est pire. Ou à vouloir faire croire que, aussi.

Je me souviens quand j’étais  en primaire, il y avait une fillette de 12 ans qui était décédée dans la ville dans laquelle j’habitais.

Pendant des mois, ça a été à celui ou celle qui aurait le plus de peine. Sachant que la plupart des gens ne la connaissaient pas, bien entendu.

Pour moi c’est horrible parce que la fille de la sœur du père de mon ancien voisin c’était sa meilleure copine. (Comprenez elles avaient joué ensemble, une fois, en 1988 à peu près)

Ouais mais pour moi c’est pire parce que trois jours avant qu’elle meurt je l’avais aperçue chez le fleuriste.

Franchement je crois que le summum du pire, c’est moi, parce qu’on a le même prénom.

J’ai du mal à comprendre cette manie de vouloir s’approprier les souffrances, cette façon de vouloir gagner à tout prix dans cette « battle » du plus offrant.

Je me dit que c’est peut-être une façon de justifier une souffrance réelle mais pas ressentie comme légitime. Se trouver des liens, des circonstances aggravantes, c’est peut–être une façon de dire : je suis triste et regardez, j’ai des raisons de l’être.

Sauf que pour être triste de la mort d’une petite fille de 12 ans, il y a pas besoin de raisons. C’est triste tout seul.

Sans aucune commune mesure, je me souviens de mon tout premier chagrin d’amour : je pleurais du matin au soir et j’avais l’impression de crever de l’intérieur. Quelques mois avant, une de mes cousines s’était faite quitter par son copain et elle était malheureuse. Un jour, je la vois et je lui explique tout.

Elle me demande combien de temps on est restés ensemble. Je lui réponds 3 mois. Elle me dit :
« Dis toi que toi c’est rien à côté de moi, puisque nous on est restés un an ensemble. »

Sauf que toi t’es pas moi, que lui c’était pas lui et que par conséquent vous c’était pas nous.

Il y a des gens qui se séparent à 20 ans et mettent 5 ans à se relever. D’autres qui se séparent à 50, après 30 ans de vie commune, et qui refont leur vie au bout d’un an.

Il y pas de plus pire et pas de moins pire. Il y a pas de circonstances aggravantes ni de circonstances atténuantes dans la douleur et le chagrin.

On console pas un ami en dépression en lui disant qu’on a plus de raison d’être triste parce qu’on a perdu deux proches. Si je me prends le petit doigt de pied dans un meuble, j’aurais pas moins mal en pensant aux enfants qui meurent de faim. Et les enfants qui meurent de faim, ils auront pas moins faim en se disant qu’il y a des gens qui perdent deux de leurs proches.

Kmille, en mode tu-préfères-faire-une-dépression, perdre-deux-de-tes-proches-ou-mourir-de-faim ?

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