Gynéco et autres réjouissances

Mardi, je suis allée chez le gynéco.

C’est définitif, j’aime pas aller chez le gynéco.

Dans la salle d’attente, c’est un peu comme chez le psy : on sait toutes pourquoi on est là, mais pas vraiment non plus.

– Bonjour je m’appelle Brigitte et j’ai des démangeaisons.
– Bonjour Brigitte

– Bonjour je m’appelle Marie-Paule et j’ai des pertes bleues.
– Bonjour Marie-Paule

Quand on va chez le véto, on a notre petit animal sur les genoux, et chacun regarde celui de l’autre. Quand on va chez le gynéco on a notre petit animal truc entre les cuisses, et allez pas me faire croire que tout le monde ne focalise pas sur celui de l’autre. Pour moi c’était clair, j’étais entourée de vagins. Et des porteuses de vagins qui vont avec.  

Le doc avait un peu de retard soi-disant. J’ai pris un Voici du mois de février. Une heure après je le connaissais par coeur.

Une heure et quinze minutes plus tard, je cherche un truc à lire pour me donner de la contenance. Je tombe sur les honoraires pratiquées par le cabinet. J’aurais mieux fait de relire Voici.

95 euros.

« 95 euros » je répète tout bas mais visiblement pas assez bas pour que personne entendre. Brigitte, Marie-Paule et les autres lèvent les yeux de leur magazines. J’aurais mieux fait de me taire là aussi. Note pour plus tard : ne jamais critiquer les prix pratiqués par le médecin que « je-le-connais-depuis-20ans ».
– « Oui mais en même temps il est tellement humain ! » il manquerait plus qu’il nous appelle par des numéros de vagin ou qu’il nous brûle avec des cigarettes.
 » Et il est si doux » Arrête là, tu m’excites Brigitte.

19h20. 2h20 de retard. Il manquerait plus qu’il soit pas doux.
Je suis assise en face de lui. C’est un homme. On m’avait prévenue, mais je crois que j’avais pas bien réalisé en fait. Un homme, doté d’un phallus donc, si mes souvenirs de biologie du lycée sont bons. Et qui s’apprête à découvrir mon intimité. Note pour plus tard : prendre une femme. Ou un homme sans phallus.

– « Qu’est-ce qui vous amène mademoiselle ? »
– Ma tante. »

Regard étonné. Visiblement, c’est pas ce qu’il attendait. Note pour plus tard : ne plus confondre « Qu’est-ce qui vous amène ? » et « qui est ce qui vous envoie ? ». Car c’est ma tante qui m’envoie et un souci qui m’amène, et pas l’inverse.

– « Vous avez déjà eu des rapports ? » J’ai une tête à jamais en avoir eu, t’es en train de me dire ?
– « Vous avez le même partenaire ? » Oui… Enfin non…. Enfin… ça dépend depuis quand quoi… Depuis hier oui…
– « A la scelle ça se passe bien ? » « Oui, super ! » Je ne sais pas ce qui m’a pris de répondre ça dans un cri de joie. Peut être que j’étais super fière de lui montrer qu’il y avait un truc qui fonctionnait à peu près normalement chez moi.
– « Vos urines sont claires ou foncées ? » Là j’ai pas bien compris j’avoue. Ca aurait été comme me demander si elles étaient plutôt sucrées, salées, amères ou épicées. Ca a beau super bien se passer à la scelle, j’en suis pas encore à regarder la couleur de mon urine. « Jaune pipi », à peu près.

« Allez vous déshabiller derrière le paravent mademoiselle ».

Mains moites, mal au bide, coeur palpitant, je me réfugie derrière le paravent. J’enlève mes chaussures. Mon jean. « Et la culotte c’est obligé ? » je lui demande. « Oui c’est obligé » il me répond.
 
Je suis cul nul derrière ce paravent, à attendre qu’il finisse de ranger ses petites affaires. Je me suis rarement sentie aussi con, sauf la fois peut être ou j’étais en bonnet et string en papier, avant une douche autobronzante, et que la nana m’avait oubliée dans la cabine.

Il arrive enfin. J’ai trois mètres à parcourir jusqu’au siège. Trois mètres, un quart de seconde, le bout du monde, une éternité. Parce que tout ça toujours cul nul.

Je pense qu’un homme ne peut pas comprendre ce qu’une femme ressent, assise sur le fauteuil, pieds dans l’étrier, à devoir avancer ses fesses jusqu’au bout. « Rapprochez-vous là, encore, encore, encore ». Non mais si là je continue dans deux secondes tu peux plus parler parce que t’as la tête dans mon utérus.

Note pour plus tard : choisir un gynéco qui « n »‘en a jamais vu. Un gynéco homo, si possible, et sans phallus aussi.

Puis on s’est rencontrées. Moi, mes ovaires, et mon utérus. Un grand moment d’émotion, je vous jure. Rassurez-vous, tout ce petit monde se porte à merveille.

En sortant, je fais ma deuxième blague de la journée, par texto cette fois.

« Je sors de chez le gynéco. Je suis enceinte. Poisson d’avril. »

Kmille, en mode je-vous-l’accorde-c’était-douteux.

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