J’ai toujours de la peine pour tout le monde…

… Et ce depuis toujours.

Au collège, j’allais toujours voir les boulets pour leur dire que c’était des gens géniaux et passer un peu de temps avec eux. Du coup on m’appelait Mère Thérésa.

Quand je vois un clochard, ma seule façon de ne pas sombrer dans une tristesse terrible, c’est de lui trouver des points négatifs.Ca peut être « Il pourrait sourire », « Il pourrait avoir l’air propre », « Il pourait dire Bonjour » ou « Il pourrait tenir la porte ». Je vous dis pas l’angoisse quand je tombe sur un clochard souriant et l’air propre, qui dit « bonjour » en tenant la porte.

Quand je vois quelqu’un déjeuner seul au resto ou aller seul au ciné, ça me pourrit mon resto ou mon ciné tellement j’ai de la peine. Et pourtant hier j’ai mangé toute seule au resto parce que j’avais un RV dans le trou du cul du monde et j’ai pas eu de peine pour moi.

Il y a quelques années, j’ai assisté à une scène d’humiliation d’un homme trisomique par sa mère pharmacienne. J’en ai pleuré toute la soirée, puis j’ai décidé de l’adopter. Ou de lui amener une boîte de chocolat pour Noël. Puis on m’a dit que je pourrais pas adopter tous les trisomiques du monde ni leur apporter à tous une boîte de chocolat pour Noël. Du coup j’ai rien fait et j’ai encore plus de peine quand j’y repense.

Quand j’étais petite, je pensais que les animateurs à la télé pouvaient voir quand on éteignait le poste. Ca ma faisait trop de peine qu’ils croient que je m’ennuie pendant leur émission : du coup je laissais la télé allumée sans le son, et j’allais travailler, prendre mon bain ou me coucher.

Quand on commence à me parler de quelqu’un en disant « Tu vas avoir trop de peine pour lui mais l’autre jour… » je me bouche les oreilles pour pas entendre sinon je ne dors pas de la nuit.

Quand il y a 5 restos côte à côte, je vais toujours dans celui dans lequel il n’y a personne parce que j’ai trop de peine pour lui. Et après je m’étonne d’avoir des indigestions.

La dernière fois que j’ai eu trop de peine c’est ce week-end quand les parents de ma belle-sœur m’ont raconté qu’au concert d’Aznavour, il s’était fait siffler quand il avait des trous de mémoire. Je vous jure si je retrouve ceux qui ont fait ça, je leur fais bouffer un micro. Et l’ampli qui va avec.

Quand une vendeuse passe du temps avec moi dans un magasin, j’ai trop de peine pour elle de repartir sans rien acheter. Du coup je me sens obligée de prendre un truc, même s’il y a rien qui va.

Kmille, en mode petite-chose-fragile

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