Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de fièvre

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Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de fièvre. Je me souvenais plus de cette sensation d’être un peu ivre et enfermée à l’intérieur de soi. Peut-être parce que la dernière fois je ne savais pas encore ce que ça faisait d’être un peu ivre. Par association d’idées, cette fièvre me donne envie d’être dans ma chambre Laura Ashley, dans mon lit en bois qui craque, volets fermés, d’entendre les pas inquiets de ma mère qui monte régulièrement surveiller ma température en posant sa main sur mon front, de me laisser aller de temps en temps à ce répit délicieux du sommeil où la douleur s’estompe un peu et même les rêves deviennent cotonneux, comme si on marchait sur des nuages. De manger des haricots verts cramés, parce que oui, depuis que mon monde est monde quand je suis malade la seule chose dont j’ai envie c’est des haricots verts poêlés et cramés, même qu un jour un baby-sitter est venu me garder, ma mère lui a demandé de me faire ça et il lui a demandé trois fois « vous êtes sûre ? Je peux faire autre chose », et s’est presque excusé en les déposant sur ma table de chevet. Envie de rater l’école sans m’en préoccuper parce que Maud me ramènera les devoirs, de ne plus savoir quelle heure il est, mais de savoir que ce n’est pas grave, parce que j’aurais beau ne pas bouger un orteil et mettre toute mon énergie à combattre l’armée rouge des microbes dans la gorge, personne n’aura besoin que je me lève, et je pourrai même laisser mon plateau comme ça, sur la table de chevet, avec l’assiette d’haricots verts cramés que je n’aurais pas réussi à avaler.

J’ai un peu menti dans « Quatre murs et un toit »

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J’ai un peu menti dans « Quatre murs et un toit ». Ma dernière nuit dans cette maison, c’était pas à la dernière page, c’était cette nuit. Tout à l’heure je vais claquer la porte, et ca sera la dernière fois. Le thermomètre explose, les oiseaux rouennais ne comprennent plus rien, je sais pas combien de temps Ca vit, un piaf, mais Ca m’étonnerait pas que pour une majorité d’entre eux, avoir le soleil qui réchauffe à ce point les plumes ça soit une grande première.
Moi qui n’aime pas les dernières fois, je dois bien dire que depuis quelques heures je suis servie. Dernier apéro, dernier diner, dernier réveil, dernière douche, dernier matin, dernier 12h14, dernier tout.
Mais bon, je viens de passer devant la balançoire et j’ai réalisé qu’il y avait bien eu une dernière fois que je suis montée dessus et que j’ai essayé de toucher les nuages avec mes pieds, et cette dernière fois-là j’en ai pas fait plus de cas que ça. Alors je me dis que la vie n’est qu’une succession de dernières fois, certaines qu’on voit venir, d’autres pas. Un jour j’ai nourri ma fille au biberon sans savoir que ça serait la dernière fois. Un autre je la porterai dans mes bras et je ne saurai pas non plus en la reposant au sol que ça n’arrivera plus, et puis je m’en remettrai, peut être même que je m’en apercevrai même pas, alors bon ça va.
Depuis la sortie de ce livre on m’a beaucoup parlé maison d’enfance, celles qui brûlent, qui sont rasées, vendues, celles qui font des disputes et celles qui n’en font pas, celles dans lesquelles on se retrouve l’été et celles Qu on visite en rêve la nuit, alors j’en profite pour vous remercier pour vos mots et vos confidences, et quand je lèverai mon rêve de rosé dans quelques minutes, ce sera à nos maisons d’hier et a celles de demain.

Et au milieu

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Et au milieu coule pas une rivière mais pousse un poirier, qui se dresse en plein coeur du petit carré de béton à l’entrée, et à partir de mars étend ses branches en fleurs jusqu’au balcon où, tous les matins, je bois mon café en fumant une cigarette. On dirait un enfant qui tend la main pour me demander de jouer à « c’est le printemps ». On disait qu’il faisait beau, et que j’étais un arbre. On disait que t’étais une dame et que t’avais pas le temps de jouer à ce jeu-là. On disait que le soleil s’y mettait et venait s’emmêler dans mes branches et dans tes doigts, et que maintenant qu’on était deux tu ne faisais plus le poids. On disait que tu riais et que tu disais « bon d’accord le printemps, d’accord les enfants », et que tu t’asseyais sous mes branches, quelques minutes à ne rien faire. On disait qu’après t’étais contente de l’avoir fait parce qu’au fond tu sais bien qu’à force de reporter parce qu’on n’a pas le temps, un jour il est trop tard et c’est l’heure de dormir, de mourir ou de l’hiver. On disait qu’on se donnerait rendez-vous tous les matins, pour jouer un peu, juste 5 minutes, allez s’il te plaît, oui trop bien, 5 minutes promis.

Ma biche,

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Ma biche,

Tu m’avais fait l’honneur et la confiance de m’envoyer ta bite il y a quelques semaines. Je t’ai déjà dit combien j’aimais ta bite, et combien il me semblait que de livres en livres, ta bite s’affinait, devenait plus douce, plus tendre et plus précise. En lisant ton manuscrit, j’ai laissé coulé quelques bites et surtout laissé échappé quelques éclats de bite. J’ai été surprise par la bite, il est vraiment des bites auxquelles on ne s’attend pas. J’envie toutes les bites qui ne l’ont pas encore lu, je sais le plaisir qu’elles prendront à le déguster en sirotant une bite bien fraîche cet été.

Tu m’as donné envie de partir en bite dans un pays étranger, de profiter de chaque bite avec ma famille, et aussi d’avoir une deuxième bite, pour qu’avec ma première elles construisent des souvenirs doux et joyeux, et qu’elles se sentent plus fortes à deux.

Ta bite est précieuse pour moi, et meme si des centaines de bites nous séparent géographiquement, sache qu’il y aura toujours une bite pour toi dans mon coeur.